Deux espèces de geckos originaires de Madagascar ont été récemment détectées à La Réunion, dans un secteur situé à proximité des populations du gecko vert de Manapany, une espèce endémique de l’île classée en danger critique d’extinction. Selon le site spécialisé Gecko, ces nouvelles observations appellent à une vigilance renforcée afin de limiter les risques pour la faune locale.
Les deux espèces concernées sont Phelsuma pusilla pusilla et Phelsuma quadriocellata bimaculata. Leur présence a été mise en évidence au début de l’année 2026 lors de prospections naturalistes menées par l’association Nature Océan Indien (NOI).
Le 12 janvier, deux individus de Phelsuma pusilla pusilla ont d’abord été observés à Petite-Île, dans le sud de La Réunion. Plusieurs mois de recherches ont ensuite permis de confirmer sa présence : près d’une centaine d’observations ont été recensées sur une superficie de 3,5 hectares, dont 70 adultes et 27 juvéniles.
Pour Phelsuma quadriocellata bimaculata, sept adultes, dont quatre femelles, ont été observés dans un jardin privé de 0,2 hectare. L’espèce n’a cependant pas été retrouvée lors des prospections suivantes. Ces observations enrichissent l’inventaire des geckos du genre Phelsuma présents sur l’île. Elles soulèvent toutefois des interrogations sur l’origine de leur introduction.
Selon Gecko, l’hypothèse privilégiée est celle d’une introduction liée aux activités humaines, possiblement à travers le transport de plantes ornementales ou d’autres marchandises en provenance de Madagascar. Une introduction volontaire ne peut également être exclue.
Des études sur les échanges de végétaux et de matériaux entre les deux territoires, ainsi que des analyses génétiques comparant les populations réunionnaises et malgaches, pourraient contribuer à déterminer leur origine.
Une proximité préoccupante avec le gecko vert de Manapany
L’enjeu est d’autant plus important que les deux nouvelles espèces ont été détectées à environ deux kilomètres de populations de Phelsuma inexpectata, connu sous le nom de gecko vert de Manapany. Endémique de La Réunion et considéré comme très rare, ce reptile est déjà confronté à la fragmentation de ses populations et aux pressions exercées par des espèces exotiques.
L’arrivée de nouveaux geckos constitue donc un point de vigilance supplémentaire pour sa conservation. Le comportement et le potentiel envahissant de Phelsuma pusilla pusilla et Phelsuma quadriocellata bimaculata restent encore mal connus, aucune introduction de ces taxons n’ayant auparavant été signalée en dehors de leur aire naturelle.
Leur présence pourrait néanmoins entraîner des risques liés à la compétition pour les ressources ou l’habitat, mais aussi à la transmission de maladies ou de parasites. Dans une logique de prévention, des opérations de lutte sont déjà engagées à La Réunion afin de limiter l’expansion de ces espèces et d’évaluer la possibilité de les éradiquer.
Les individus prélevés sont par ailleurs conservés pour de futures analyses scientifiques. Ces nouvelles détections illustrent ainsi l’importance d’une surveillance régulière des espèces introduites, particulièrement dans les territoires insulaires où les écosystèmes et les espèces endémiques peuvent être fortement vulnérables.
Jean Tognikpo