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Journée mondiale de l’eau : derrière la crise hydrique, le visage invisible des femmes

Ce 22 mars, la planète célèbre la Journée mondiale de l’eau. Mais pour des milliards de femmes et de filles, l’eau n’est pas une célébration c’est une corvée quotidienne, un risque, une injustice. Le Rapport mondial des Nations Unies sur les ressources en eau, publié cette semaine, le documente sans détour : la crise de l’eau est aussi, profondément, une crise de genre.

Chaque jour, quelque part, une fillette quitte l’école pour aller chercher de l’eau. Elle marche, attend, porte, revient. Le geste paraît banal. Pourtant, il façonne des existences entières.

À l’échelle mondiale, ces trajets représentent 250 millions d’heures consacrées chaque jour à la collecte de l’eau presque exclusivement par des femmes et des filles.

Ce chiffre, publié par les Nations Unies à l’occasion de cette Journée mondiale de l’eau, résume à lui seul une réalité que les grands discours sur la crise hydrique occultent trop souvent.

Porter l’eau, sans en décider l’accès

La crise de l’eau frappe durement : 2,1 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable sûre, et 3,4 milliards vivent sans assainissement adéquat. Mais derrière ces chiffres globaux, le nouveau rapport onusien met en lumière une asymétrie criante.

Dans plus de 70 % des foyers ruraux privés d’eau sur place, ce sont les femmes qui assurent la collecte. Elles sont omniprésentes dans les usages de l’eau.

Mais dans les instances de gouvernance, les services publics ou les secteurs techniques, elles restent largement absentes. « Malgré leur rôle central, les femmes demeurent systématiquement sous-représentées dans la gouvernance, le financement et la prise de décision », souligne le rapport.

Cette dissymétrie a des conséquences concrètes et mesurables : moins de temps pour l’école, pour un emploi, pour participer à la vie publique. Et plus d’exposition aux risques blessures, maladies, violences.

La distance, c’est déjà un danger

Aller chercher de l’eau ne se résume pas à un effort physique. Dans certaines zones, ce trajet impose de traverser des espaces dangereux, de s’exposer au harcèlement, voire à l’exploitation.

Dans les contextes de crise conflits armés, déplacements forcés ces risques se multiplient encore davantage. Les points d’eau deviennent des lieux d’exposition, où la recherche d’une ressource vitale se transforme en danger réel.

Interrogé sur ce sujet lors d’un point de presse à New York, Bhanu Neupane, représentant de l’UNESCO qui publie le rapport pour le compte d’ONU-Eau, a lui-même reconnu les limites des réponses actuelles : « Nous connaissons l’ampleur du problème, mais malheureusement nous ne disposons pas encore d’un ensemble de solutions qui puissent aider les femmes dans ces situations. »

Une inégalité ancrée dans les structures

L’eau ne se limite pas à un point de collecte. Elle traverse les structures mêmes des sociétés : accès à la terre, au logement, au crédit, aux infrastructures. Autant de domaines où les femmes restent structurellement désavantagées.

Dans de nombreux pays, les droits à l’eau sont liés aux droits fonciers. Or les femmes possèdent moins de terres, ou en ont un contrôle limité. Cette dépendance réduit leur accès à l’eau pour l’agriculture, fragilise leurs moyens de subsistance et accentue les inégalités économiques.

Même dans les villes, l’accès à l’eau dépend souvent de la sécurité du logement et dans les quartiers informels, où les femmes sont particulièrement vulnérables, les services fiables font défaut.

Le rapport pointe également certaines approches dites « peu coûteuses » qui reposent en réalité sur du travail non rémunéré. Ce qui est présenté comme une solution économique masque en fait une externalisation des coûts supportée, une fois encore, par les femmes.

Quand le climat aggrave la charge

À ces inégalités structurelles s’ajoutent les effets du changement climatique. Sécheresses, inondations, perturbations hydrologiques : les pressions sur les ressources en eau s’intensifient, et avec elles, les inégalités.

Le rapport est explicite : le genre est un facteur déterminant de vulnérabilité climatique. Lorsque les ressources se raréfient, ce sont les femmes qui marchent plus loin, portent plus longtemps, renoncent davantage. Une hausse des températures accroît leur charge de travail, réduit leurs revenus, fragilise leur sécurité.

Pour les Nations Unies, l’enjeu dépasse largement l’accès à une ressource. Il touche à la répartition du pouvoir.« Trop souvent, celles et ceux qui portent l’eau sont les derniers consultés sur la manière d’en améliorer l’accès », a dénoncé la présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, Annalena Baerbock.

Le rapport appelle à des mesures concrètes : rapprocher l’eau des foyers, investir dans des données sexuées pour rendre visibles les inégalités, lever les obstacles juridiques et financiers, et surtout renforcer la participation des femmes non pas de manière symbolique, mais effective. Car les bénéfices sont documentés : là où les femmes participent aux décisions, les services sont plus équitables, plus efficaces, plus durables.

Abdourahime Diallo

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