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TROMPEUR : Les boissons énergisantes ne conduisent pas systématiquement à la dialyse

Des cas d’insuffisance rénale aiguë associés à une consommation excessive de boissons énergisantes ont été documentés, mais les preuves disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’elles conduisent généralement les jeunes à la dialyse.

Une publication Facebook (lien archivé ici) affirme qu’un centre de dialyse au Nigeria serait rempli de jeunes de 15 à 28 ans à cause de leur consommation de boissons énergisantes. Mais l’affirmation est trompeuse. Le post, publié le 12 juin 2026 dans le groupe sénégalais PASTEF Vision 2050, montre ce qui ressemble à une grande salle d’hospitalisation. Plusieurs jeunes patients y apparaissent allongés sur des lits, à côté d’appareils présentés comme des machines d’hémodialyse.

Le texte qui accompagne l’image affirme : « Un centre de dialyse au Nigeria. Pas de vieux, mais des jeunes de 15 à 28 ans. Leur problème : consommation de boissons énergisantes. » Le message cite aussi plusieurs marques et appelle les internautes à le partager massivement.

La même image et une affirmation similaire ont également été partagées dans le groupe Facebook Observatoire médicale ivoirien, où elles étaient également présentées comme montrant de jeunes patients sous dialyse au Nigeria. Africa Check a déjà vérifié l’image et conclu qu’elle avait été générée par intelligence artificielle.

Le média a relevé plusieurs incohérences visuelles, notamment des déformations au niveau des mains, des pieds et des visages, ainsi que des anomalies sur certains équipements médicaux. Il a également retrouvé une version plus ancienne de l’image, publiée sur Instagram le 4 avril 2026, sans mention du Nigeria.

L’image utilisée pour appuyer l’affirmation n’est donc pas une photographie authentique d’un centre de dialyse nigérian. Reste la question médicale : une consommation importante de boissons énergisantes peut-elle suffire à conduire un jeune à l’insuffisance rénale puis à la dialyse ?

Des données scientifiques existent, mais elles restent limitées

Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2026 dans la revue Toxics a examiné 19 études consacrées aux effets rénaux des boissons énergisantes. Les chercheurs ont observé des modifications de plusieurs marqueurs de la fonction rénale, notamment la créatinine, l’urée et l’acide urique.

La portée de ces résultats doit toutefois être nuancée. Les études analysées sont précliniques et reposent principalement sur des modèles animaux. Elles peuvent signaler un risque potentiel, mais ne permettent pas, à elles seules, de conclure qu’une consommation habituelle provoque une insuffisance rénale chez l’être humain.

Une étude publiée en octobre 2025 décrit le cas d’un homme de 21 ans admis avec une insuffisance rénale aiguë de stade 3. Il avait déclaré consommer environ deux litres de boisson énergisante par jour depuis un mois. Après l’arrêt de cette consommation et sa prise en charge médicale, sa fonction rénale est revenue à la normale en environ deux semaines. Il n’a pas eu besoin de dialyse.

Les auteurs indiquent que seuls quelques cas similaires avaient été rapportés auparavant. Un autre cas publié en 2019 rapporte une insuffisance rénale aiguë dans un contexte de consommation excessive de boissons énergisantes. Dans ce cas, le patient a eu besoin d’une hémodialyse.

Une publication scientifique de 2014 avait également décrit une insuffisance rénale aiguë après la consommation quotidienne de grandes quantités de boissons énergisantes pendant plusieurs semaines. La fonction rénale du patient s’était améliorée après l’arrêt de cette consommation. Ces observations montrent qu’une atteinte rénale grave peut survenir dans certaines situations. 

Association ne signifie pas causalité

Interrogé par All for Sciences Media, le Dr Bacary Bâ, néphrologue et praticien hospitalier au Sénégal, insiste sur cette distinction.

« En science, la notion d’association et la notion de cause sont différentes », explique-t-il.

Selon lui, plusieurs cas publiés montrent que des patients ayant consommé de très grandes quantités de boissons énergisantes ont développé une insuffisance rénale aiguë, parfois suivie d’une récupération après l’arrêt de la consommation. Mais ces observations ne suffisent pas à prouver, à elles seules, un lien de cause à effet.

« Pour dire qu’il y a un effet de cause, il faut beaucoup plus que deux cas cliniques ou trois cas cliniques, il faut des études de grande envergure », précise le néphrologue.

Le spécialiste rappelle aussi que la composition des boissons énergisantes varie d’un produit à l’autre. La caféine, le sucre, les vitamines et autres substances peuvent y être présents à des concentrations différentes. Dans l’état actuel des connaissances, il reste difficile d’identifier avec certitude un mécanisme unique qui expliquerait les atteintes rénales observées dans les rares cas publiés.

En revanche, une insuffisance rénale aiguë, quelle qu’en soit la cause, peut devenir suffisamment grave pour nécessiter une dialyse.

« Si les boissons énergisantes sont en cause dans une insuffisance rénale aiguë, cette insuffisance rénale aiguë peut nécessiter de la dialyse », explique Bacary Bâ.

Le médecin souligne également qu’une insuffisance rénale aiguë peut parfois récupérer, mais qu’elle peut aussi évoluer vers une atteinte chronique.

Chez les jeunes, plusieurs causes peuvent conduire à la dialyse 

Pr. Fary Ka, président du Conseil national du don et de la transplantation du Sénégal, met lui aussi en garde contre les raccourcis.

« Les boissons énergisantes sont nombreuses et leur composition est très variée selon le type. Il faudrait connaître la ou les substances contenues dans la boisson d’abord et établir les liens de cause à effet », explique-t-il.

Dans sa pratique, il dit : «ne pas avoir eu à faire le diagnostic de ce type de pathologie. Faire la preuve de l’imputabilité est une chose pas aisée à faire », ajoute Pr. Fary Ka.

Le président du CNDT rappelle surtout que les causes pouvant conduire un jeune à la dialyse sont multiples. Dans les situations aiguës, il cite notamment certaines lésions glomérulaires, les infections comme le paludisme ou les infections urinaires, ainsi que la déshydratation. Dans les maladies rénales chroniques, les causes peuvent inclure les lésions glomérulaires chroniques, l’hypertension artérielle, le diabète et certaines infections.

La dialyse peut devenir nécessaire lorsque l’insuffisance rénale entraîne des complications graves, par exemple une surcharge importante en eau ou des anomalies majeures de certains constituants du sang, notamment une élévation dangereuse du potassium ou de l’urée.

Ainsi, voir un jeune patient sous dialyse ne permet pas de déterminer la cause de son insuffisance rénale. Encore moins à partir d’une image publiée sur les réseaux sociaux.

Verdict : TROMPEUR

La littérature scientifique montre que des consommations excessives de boissons énergisantes ont été associées à de rares cas d’insuffisance rénale aiguë. Certains de ces cas ont nécessité une dialyse.

Cependant, les preuves disponibles chez l’être humain restent limitées. Elles ne permettent pas d’affirmer que les boissons énergisantes provoquent généralement une insuffisance rénale chez les jeunes, ni qu’elles conduisent systématiquement à la dialyse.

Par ailleurs, aucune preuve n’établit que les jeunes Nigérians décrits dans la publication Facebook aient été placés sous dialyse à cause de ces boissons. L’image utilisée pour soutenir cette histoire a été générée par intelligence artificielle.

All for Sciences Media a examiné une publication Facebook affirmant que des jeunes âgés de 15 à 28 ans se retrouvent sous dialyse à cause de la consommation de boissons énergisantes et l’a trouvée TROMPEUSE.

Abdourahime DIALLO


Cette vérification des faits a été produite par All for Sciences Media dans le cadre du programme d’incubation de l’Alliance africaine de fact-checking (AFCA). Elle a été réalisée avec le soutien de PesaCheck, l’initiative de vérification des faits de Code for Africa, et avec le soutien financier de l’ambassade de Pologne au Sénégal. Le mentorat de l’AFCA respecte l’indépendance journalistique des chercheurs, en leur offrant l’accès à des techniques et des outils avancés. La prise de décision éditoriale reste du ressort de All for Sciences Media.

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