Une étude scientifique publiée le 9 septembre 2026 dans la revue Frontiers in Climate apporte un nouvel éclairage sur la vulnérabilité des producteurs d’élevage face au changement climatique au Bénin, au Togo et en Côte d’Ivoire. À partir de données recueillies auprès de 1 126 ménages, les chercheurs montrent que la vulnérabilité dépend moins du type d’élevage que des conditions concrètes dans lesquelles vivent et travaillent les producteurs.
Intitulée Rethinking climate vulnerability in livestock systems: evidence from exposure, adaptation, and within-system heterogeneity in West Africa, l’étude remet en question une idée largement répandue : celle selon laquelle certains systèmes d’élevage seraient, par nature, plus vulnérables que d’autres. Les auteurs ont construit un indice de vulnérabilité climatique combinant l’exposition aux risques climatiques, la sensibilité des ménages et leur capacité d’adaptation.
Les résultats montrent que les systèmes semi-intensifs et transhumants apparaissent initialement plus vulnérables que les systèmes sédentaires. Mais lorsque les chercheurs prennent en compte l’exposition climatique et la capacité d’adaptation des ménages, ces différences s’atténuent fortement. Autrement dit, le système de production ne suffit pas à expliquer la vulnérabilité d’un éleveur.
L’un des enseignements majeurs de l’étude concerne justement les écarts entre producteurs appartenant pourtant au même système d’élevage. Plus de 97 % de la variation observée dans la vulnérabilité se situe à l’intérieur des systèmes, et non entre eux. Les conditions économiques et sociales des ménages, leur accès aux ressources et leur capacité à faire face aux chocs climatiques jouent donc un rôle déterminant.
Pour les chercheurs, l’exposition aux stress climatiques augmente directement la vulnérabilité, tandis que la capacité d’adaptation contribue à la réduire. L’accès aux ressources financières, aux services vétérinaires et à l’information apparaît ainsi comme un levier essentiel pour renforcer la résilience des producteurs.Cette conclusion invite à revoir les politiques d’adaptation en Afrique de l’Ouest.
Plutôt que de privilégier un modèle d’élevage particulier, les interventions devraient davantage tenir compte des réalités propres à chaque ménage, de son niveau d’exposition et des ressources dont il dispose pour s’adapter. Pour le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire, l’enjeu est donc de mieux cibler les réponses afin de renforcer durablement la résilience des communautés d’éleveurs face aux changements climatiques.
Jean Tognikpo