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TROMPEUR: Ce post prétendant recommander une décoction de plantes qui guérit le cancer après un temps précis est faux

Une vidéo Publiée le 19 mars 2026 sur TikTok recommande à des personnes atteintes de cancer de patienter 90 à 180 jours avant de « vérifier » l’effet d’une décoction de plantes. All For Sciences Media a cherché à savoir ce que peuvent représenter trois à six mois d’attente si cette recommandation conduit à retarder une consultation ou un traitement adapté. Les données scientifiques et les spécialistes interrogés montrent que les conséquences d’un retard varient selon les cancers.

La vidéo vue plus d’un million de fois sur TikTok présente une préparation à base de feuilles de corossol, de citronnelle et de cendre de bois comme un remède « très efficace » contre « tout type de cancer ». La recette consiste à faire bouillir les ingrédients dans deux litres d’eau pendant 45 minutes, avant de boire un verre le matin et un autre le soir.

Sur le compte Angie Santé Pure, elle est accompagnée de réponses dans lesquelles l’auteure recommande de consommer la préparation pendant 90 jours, puis éventuellement 90 jours supplémentaires en l’absence de « guérison ».

La vidéo ne précise pas pendant combien de temps cette préparation doit être consommée. C’est dans les commentaires que cette information apparaît. À une internaute qui demande « pendant combien de temps », le compte répond : « 90 jours et vérifier, si vous n’êtes pas totalement guéri, continuez à nouveau sur 90 jours encore ». À une autre question similaire, la réponse tient en trois caractères : « 90j ». La recommandation peut donc aller jusqu’à 180 jours, soit environ six mois.

Pour autant, la vidéo ne demande pas explicitement aux malades d’arrêter une chimiothérapie, une radiothérapie ou un autre traitement prescrit. Reste à savoir ce que peuvent représenter, dans ce cas, trois à six mois d’attente.

Quatre semaines peuvent déjà compter

Les recherches disponibles montrent que, pour plusieurs cancers et certaines indications thérapeutiques, le retard de certains traitements est associé à une augmentation de la mortalité.

Une importante revue systématique et méta-analyse publiée en 2020 dans le British Medical Journal a rassemblé 34 études portant sur 1 272 681 patients. Les chercheurs ont étudié 17 situations thérapeutiques concernant sept cancers : vessie, sein, côlon, rectum, poumon, col de l’utérus, tête et cou.

Dans plusieurs de ces situations, quatre semaines supplémentaires avant le traitement étaient associées à une augmentation du risque de décès. Pour la chirurgie, par exemple, cette augmentation relative était de l’ordre de 6 à 8 % par tranche de quatre semaines, selon le cancer et l’indication étudiés. (BMJ)

Ces chiffres ne signifient cependant pas qu’une personne qui attend trois ou six mois verra automatiquement son risque de décès augmenter d’un pourcentage déterminé. L’étude porte sur des populations, des cancers et des traitements précis.

On ne peut donc pas multiplier mécaniquement les chiffres obtenus pour quatre semaines afin de prédire ce qui arrivera à un patient après 90 ou 180 jours.

Les auteurs soulignent par ailleurs les limites de leurs données pour des délais plus longs :  l’étude ne permet donc pas de prédire directement ce qui se passerait après 90 ou 180 jours.

Toutes les tumeurs n’évoluent pas au même rythme

C’est un point sur lequel insiste Dr Abdoul Aziz Kassé, cancérologue, interrogé par All For Sciences Media.

« Les vitesses d’évolution des cancers sont très variées. »

Certains cancers peuvent évoluer lentement pendant plusieurs années. D’autres, notamment certaines tumeurs de haut grade, peuvent progresser beaucoup plus rapidement. La vitesse dépend notamment du type de cancer, de ses caractéristiques biologiques, de son stade et de l’état général du patient.

Lorsqu’une tumeur progresse pendant cette période, les conséquences peuvent aller au-delà d’une augmentation de taille. Dr Kassé explique qu’elle peut s’étendre aux tissus voisins, atteindre les ganglions ou se propager vers d’autres organes, une progression qui change le stade de la maladie et, avec lui, les possibilités de traitement : un cancer d’abord traitable par chirurgie ou radiothérapie localisées peut alors nécessiter une prise en charge plus lourde.

C’est pourquoi le cancérologue met en garde contre l’idée de consacrer plusieurs mois à un remède non éprouvé avant de revenir vers la médecine conventionnelle. Il résume son expérience ainsi :

« En 47 ans d’exercice de la cancérologie, je n’ai pas l’expérience d’un remède traditionnel qui permettrait de guérir un cancer ou d’en améliorer le traitement médical. » Dr Abdoul Aziz Kassé

En Afrique subsaharienne, des retards existent déjà

Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, l’accès rapide aux soins contre le cancer reste difficile pour de nombreux patients.

Une revue systématique publiée en 2023 dans BMJ Open a analysé 57 études consacrées aux retards de diagnostic et de traitement des cancers solides en Afrique subsaharienne. Les chercheurs ont identifié différents obstacles : coût des soins, problèmes de coordination entre les structures sanitaires, manque de personnel, éloignement géographique, mais également recours à des guérisseurs traditionnels ou aux médecines complémentaires. 

Les auteurs invitent toutefois à interpréter ces résultats avec prudence : une grande partie des études examinées présentaient un risque élevé ou très élevé de biais. Une personne qui attendrait volontairement trois ou six mois avant de rechercher une prise en charge médicale pourrait ainsi ajouter ce délai aux éventuels délais déjà rencontrés dans le système de santé.

Le corossol a été étudié, mais cela n’en fait pas un traitement démontré

Une revue publiée en 2022 dans la revue Cancers recense de nombreuses expériences menées sur Annona muricata, le corossol, notamment sur des cellules cancéreuses et des modèles animaux. Certains extraits ont montré des activités biologiques intéressantes. Mais les études cliniques chez l’être humain restent peu nombreuses et de petite taille. La revue ne recense qu’une poignée d’essais randomisés, principalement autour du cancer colorectal.

Observer un effet sur des cellules cancéreuses en laboratoire ne démontre pas qu’une décoction préparée à domicile peut guérir un cancer chez une personne. Le Pr Alioune Dior Fall, professeur titulaire et chef du Laboratoire de pharmacognosie et botanique de la Faculté de médecine, pharmacie et odonto-stomatologie de l’UCAD, arrive à la même conclusion.

Selon lui, les travaux réalisés sur des cellules cancéreuses et chez l’animal montrent un potentiel anticancéreux des extraits de feuilles de corossol. Cependant, des essais cliniques plus poussés restent nécessaires pour confirmer leur efficacité et leur innocuité chez l’être humain, mais aussi pour déterminer une dose et une durée d’utilisation appropriées.

Il met aussi en garde contre le fruit lui-même : il contient de l’annonacine, une substance associée au « parkinsonisme atypique de la Guadeloupe ».

Et il rappelle un principe essentiel : « Il faut savoir que naturel ne signifie pas forcément inoffensif. »

Le spécialiste attire également l’attention sur les associations entre plantes et médicaments. Certaines peuvent modifier l’action ou la toxicité d’un traitement. Mais cela ne signifie pas que la décoction montrée sur TikTok interfère nécessairement avec une chimiothérapie : aucune étude spécifique de cette préparation ne permet de l’affirmer.

« L’association peut donc être une arme à double tranchant », résume Pr Alioune Dior Fall.

La cendre de bois, un ingrédient à la composition inconnue

La recette ne contient pas seulement du corossol. Elle comprend également de la citronnelle et, surtout, de la cendre de bois.

Pr Fatoumata Bah, toxicologue, explique que les cendres contiennent principalement des résidus minéraux alcalins. Au contact de l’eau, elles peuvent augmenter fortement le pH de la préparation. Selon la concentration obtenue, la solution peut devenir caustique et provoquer des irritations ou des brûlures chimiques des muqueuses.

Toutes les cendres n’ont pas la même composition

Celle-ci dépend notamment du bois brûlé, de son environnement et des conditions de combustion. Un bois récupéré peut, par exemple, avoir été traité avec de la peinture, du vernis, des antifongiques ou de la colle. Pr Bah évoque alors la possibilité de retrouver certains éléments traces métalliques comme le plomb, le cadmium, l’arsenic ou le chrome.

Cela ne signifie pas que la cendre utilisée dans la vidéo contient nécessairement ces contaminants : elle n’a pas été analysée. C’est précisément cette absence d’information qui empêche d’en déterminer la composition et le risque réel.

Or la recette ne précise même pas la quantité de cendre ajoutée. Sur ce point, la toxicologue est catégorique : « Concernant la cendre, il est fortement déconseillé de la consommer quelle que soit la dose. »

Faire bouillir plusieurs ingrédients ensemble peut aussi avoir un effet : selon Pr Fatoumata Bah, différentes substances actives peuvent interagir et modifier le produit final. Mais là encore, impossible de dire exactement ce qui se produit dans cette décoction sans analyser le mélange.

Remplacer un traitement conventionnel par une médecine alternative

Il existe une distinction entre utiliser une préparation en complément d’un traitement, et l’utiliser à sa place. Une étude publiée dans le Journal of the National Cancer Institute a identifié 281 patients américains atteints de cancers non métastatiques du sein, de la prostate, du poumon ou colorectal qui avaient choisi une médecine alternative comme seul traitement anticancéreux, sans chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie ni hormonothérapie conventionnelles.

Après comparaison avec des patients traités conventionnellement, le recours exclusif aux médecines alternatives était associé à une mortalité globale plus élevée. Cette étude ne portait ni sur le corossol, ni sur la citronnelle, ni sur la cendre de bois, et ses résultats ne peuvent donc pas être appliqués directement à la vidéo TikTok.

Verdict : Trompeur 

La recommandation de consommer cette préparation pendant 90 jours, puis éventuellement 90 jours supplémentaires avant de « vérifier » une supposée guérison, ne repose pas sur des données permettant de considérer trois à six mois comme une période d’essai sûre pour une personne atteinte de cancer.

Tous les cancers n’évoluent pas à la même vitesse, mais pour certains, ce délai peut suffire à faire progresser la maladie et changer les options de traitement.

Par ailleurs, si le corossol fait bien l’objet de recherches pour ses propriétés biologiques potentielles, les données disponibles ne démontrent pas que cette décoction domestique guérit le cancer. La présence de cendre de bois ajoute enfin une incertitude toxicologique supplémentaire, puisque ni sa composition ni sa quantité ne sont connues.

Le problème n’est donc pas seulement de savoir si le corossol possède des molécules intéressantes. Le danger apparaît surtout lorsqu’une promesse de guérison non démontrée conduit une personne malade à consacrer trois ou six mois à un prétendu traitement au détriment d’une prise en charge médicale adaptée.

Abdourahime Diallo


Cette vérification des faits a été produite par All for Sciences Media dans le cadre du programme d’incubation de l’Alliance africaine de fact-checking (AFCA). Elle a été réalisée avec le soutien de PesaCheck, l’initiative de vérification des faits de Code for Africa, et avec le soutien financier de l’ambassade de Pologne au Sénégal. Le mentorat de l’AFCA respecte l’indépendance journalistique des chercheurs, en leur offrant l’accès à des techniques et des outils avancés. La prise de décision éditoriale reste du ressort de All for Sciences Media.

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