La COP17 UNCCD n’a pas clos le débat sur la sécheresse; elle l’a rendu plus urgent. À Oulan-Bator, les gouvernements ont annoncé un portefeuille de financement de 1,3 milliard de dollars pour la restauration des terres et la résilience à la sécheresse, dont 644,5 millions de nouveaux financements, mais ils n’ont toujours pas trouvé d’accord sur un cadre mondial de lutte contre la sécheresse.
Le contraste est saisissant: l’ambition progresse, mais elle reste très loin d’un besoin annuel estimé à 278 milliards de dollars pour combler le déficit de financement de la résilience à la sécheresse et de la restauration des terres Le vrai enjeu est désormais de convertir les promesses en flux concrets et accessibles.
Tant que les fonds existent sur le papier mais peinent à parvenir aux pays et aux communautés qui en ont besoin, la sécheresse continuera d’avancer plus vite que la gouvernance.Le paradoxe est brutal: au moment où les négociations s’enlisent, la crise s’aggrave. Les sécheresses ont augmenté d’environ un tiers depuis 2000, et les estimations évoquent 300 milliards de dollars de pertes annuelles liées à la sécheresse, tandis que la dégradation des terres et la sécheresse coûtent près de 900 milliards de dollars par an à l’économie mondiale.
Plus alarmant encore, une personne sur quatre a été touchée par la sécheresse en 2022-23, 55 millions de personnes sont directement affectées chaque année, près de quatre milliards subissent un manque d’eau pendant au moins un mois par an, et jusqu’à 1,84 milliard de personnes vivent sur des terres directement exposées à la sécheresse.En Afrique, l’impact est particulièrement aigu.
Le continent a subi 14 sécheresses extrêmes en seulement deux ans, davantage que toute autre région, avec des effets en cascade sur les récoltes, le bétail, les revenus et la sécurité alimentaire. Pendant que les diplomates débattent, les sols se dégradent, les récoltes chutent, les troupeaux s’affaiblissent et l’insécurité alimentaire s’installe.
Pourquoi le blocage persiste alors ? Le blocage n’est pas seulement technique; il est politique. À la COP17, un petit groupe de pays a refusé tout instrument international sur la sécheresse, qu’il soit contraignant ou volontaire, au nom de la souveraineté, des budgets et de la bureaucratie. D’autres États estiment au contraire qu’un cadre mondial est nécessaire pour déplacer la sécheresse d’une logique de crise vers une logique de prévention.
Au fond, la fracture porte sur la gouvernance du risque. Certains voient la sécheresse comme un sujet national ou déjà couvert par le climat, la biodiversité et la terre; d’autres considèrent que les instruments actuels sont trop dispersés et trop faibles pour répondre à une crise systémique. Tant que cette tension ne sera pas dépassée, les négociations resteront exposées aux mêmes impasses.
Alors que nous acheminons vers deux autres COP avant la fin de l’année, il est important de tirer les lecons et de changer de paradigme. Les Conventions de Rio pourtant une opportunité stratégique majeure. La sécheresse touche à la fois la désertification, le changement climatique et la biodiversité; il serait donc logique d’articuler plus étroitement la CNULCD, la CCNUCC et la Convention sur la diversité biologique autour de stratégies communes: restauration des paysages, gestion durable des sols, protection des écosystèmes, adaptation fondée sur la nature, et financement intégré des territoires vulnérables.
Plutôt que de multiplier les silos, il faut créer des passerelles concrètes: indicateurs partagés, cofinancement, guichets conjoints et programmes régionaux capables de relier sols, eau, biodiversité et climat. Cette convergence serait bien plus efficace qu’une addition de textes séparés, parce qu’elle rendrait les financements plus lisibles et plus directement utilisables sur le terrain.Les réponses régionales seront aussi décisives.
En Afrique de l’Ouest, le CILSS, créé en 1973, reste un pilier historique de la veille climatique, de la sécurité alimentaire et de la coordination face à la sécheresse, avec un mandat centré sur l’alerte précoce, la gestion des ressources naturelles et l’appui aux politiques régionales. En Afrique de l’Est, les mécanismes régionaux de gestion des risques doivent être consolidés dans la même logique: coopération, mutualisation des données, préparation et action anticipée.
Il y a beaucoup a dire sur l’incapacité de ces organisations a vraiment jouer leurs rôles !Initiative phare de l’Union Africaine pour lutter contre la désertification, la Grande Muraille Verte doit se réinventer pour exprimer tout son potentiel. Pour réussir, cette initiative doit s »attacher désormais à renforcer sa gouvernance et à mobiliser des ressources financières et techniques à l’échelle régionale, nationale et locale afin de restaurer les 100 millions d’hectares de terres dégradées fixés lors de son lancement en 2007.
L’enjeu n’est pas d’opposer le global et le régional, mais de les articuler. Les institutions régionales, avec les capacités nécessaires, sont souvent les mieux placées pour transformer les engagements internationaux en actions concrètes, parce qu’elles connaissent les réalités sociales, écologiques et pastorales des territoires. C’est à cette échelle que la prévention devient crédible et que le financement peut réellement se traduire en résilience.
Le dossier sécheresse montre une limite plus profonde de la gouvernance internationale: nous continuons trop souvent à traiter la sécheresse comme une crise ponctuelle, alors qu’il s’agit d’un risque structurel, transversal et politique. Or, tant que l’on raisonne après coup, on reste en retard sur la réalité du terrain.Le changement de perspective est donc clair: moins de fragmentation, plus d’alignement; moins d’attente, plus de mise en œuvre; moins de symboles, plus d’institutions fortes, de financements et de coopération.
Les instruments existent déjà le Riyadh Global Drought Resilience Partnership avec plus de 12 milliards de dollars d’engagements, le Drought Resilience Investment Facility visant jusqu’à 400 millions de dollars de capitaux publics et privés, et les multiples passerelles possibles entre les Conventions de Rio, etc.Un autre point décisif manque encore: la mutualisation des acquis de la recherche. L’Afrique a besoin d’un African Drought Research plus intégré, capable de relier les centres de recherche, les réseaux de drylands, les observatoires, les universités et les institutions régionales autour d’une base commune de données, d’indicateurs et de solutions.
Des réseaux existent déjà, comme l’African Drought Risk and Development Network, etc, conçus pour partager expériences et savoir-faire sur la gestion du risque de sécheresse, ou des initiatives de recherche sur les drylands africains qui travaillent sur l’eau, l’énergie, l’alimentation et les écosystèmes.Cette mutualisation est stratégique pour une autre raison: elle rend le financement moins dépendant des aléas géopolitiques.
En s’appuyant sur des pipelines de projets bien documentés, des banques de projets régionales, des indicateurs communs et des standards techniques partagés, les mécanismes comme le DRIF peuvent devenir plus bancables, plus stables et moins vulnérables aux retournements politiques. Autrement dit, la recherche ne doit pas seulement produire du savoir; elle doit structurer l’investissement.
La sécheresse appelle donc désormais une architecture de réponse plus stratégiques: des passerelles entre conventions, des relais régionaux solides, une recherche africaine mutualisée, des financements réellement mobilisables et des stratégies ancrées dans les territoires. C’est à ce prix que les promesses deviendront des résultats.
Dr Arona Soumaré Oulan-Bator, 31 Août 2026