ENTRETIEN SANTÉ

Fildouindé Ariel Shadrac Ouédraogo, médecin en formation et développeur« l’IA permet de détecter certaines maladies et tumeurs» 

L’IA sans éthique n’est que ruine de l’âme. L’éthique est très importante car elle permet de ne pas sombrer dans les dérives technologiques. Parce que c’est une technologie qui reste encore à découvrir bien vrai qu’on a des avancées fulgurantes.

Plongez au cœur de l’avenir de la médecine avec Fildouindé Ariel Shadrac Ouédraogo, doctorant en sixième année de médecine à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou et conférencier à la Semaine de l’Intelligence Artificielle et des Technologies Emergentes (SEINAR), tenue à Ouagadougou au Burkina Faso, du 20 au 27 avril sous le thème « accélérer la souveraineté numérique des pays du Sahel par l’adoption de l’Intelligence artificielle ».

Dans une interview exclusive accordée à All For Sciences Media, il dévoile les secrets de l’IA en santé. Découvrez comment l’IA révolutionne le diagnostic médical, l’importance cruciale de l’apprentissage automatique et les défis éthiques et de formation que doivent relever les médecins africains.  

All For Sciences Media (AFoS) : Présentez-vous à nos lecteurs !

Fildouindé Ariel Shadrac Ouédraogo : Je m’appelle Fildouindé Ariel Shadrac Ouédraogo, médecin en formation à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. Je suis également développeur et m’intéresse aux solutions de l’intelligence artificielle. Je fais également partie de l’équipe Carythma, qui a remporté l’Orange Summer Challenge en 2023, dans laquelle nous travaillons sur la détection des arythmies (ndlr : troubles du rythme cardiaque) par à l’IA. Je fais également partie de l’équipe Neerelab technology. 

De quelle manière l’intelligence artificielle peut-elle contribuer à l’amélioration de la prise en charge des patients dans le domaine de la santé ?

Ce qu’il est important de savoir est que l’IA prend en compte tous les domaines de la santé. D’une manière simple, nous avons la détection des maladies, le diagnostic des maladies, la prédiction des maladies et la prévention des maladies. Grâce à ses algorithmes, l’IA permet de détecter certaines maladies et tumeurs également prédire l’apparition d’une maladie, en fonction du climat, de la position géographique, des habitudes de la personne.

Ce qui est très important en santé, car la santé c’est aussi de prévenir. De plus grâce à cette facilité algorithmique, cela peut permettre aux professionnels de santé de prédire le risque de récidives de certaines maladies, après une intervention, ou après la libération du patient, pour une meilleure prise en charge, et un meilleur suivi.

Comment se fait le diagnostic ? 

Il faut savoir d’abord que l’IA est basée sur des algorithmes. Un algorithme est un ensemble d’instructions qu’on donne à l’ordinateur pour effectuer une tâche. Ces instructions sont basées sur les mathématiques, les statistiques et les probabilités. C’est en se basant sur ces formules que nous allons diagnostiquer ou prédire certaines maladies. Mais il existe aussi des algorithmes capables de reconnaître les images.

Par exemple, ils reconnaissent les images en se basant sur les pixels. Les pixels sont les petits carrés qui forment les images. Ces IA vont ainsi extraire les caractéristiques des images afin de détecter les cancers.

Il y a des IA qui peuvent générer des images et dans son cycle de génération il y a ce qu’on appelle des encodeurs et des décodeurs, dont les rôles respectifs sont de générer une image et de tester si cela correspond à ce qui a été demandé

 Quelle est l’importance de l’apprentissage automatique et des modèles génératifs dans le domaine de la santé aujourd’hui ?

D’abord, l’importance est grande parce qu’avec les modèles génératifs on passe des modèles d’IA conventionnels à des modèles plus performants. Avant, on pouvait peut-être détecter ou diagnostiquer les cancers.

Mais aujourd’hui on parle de jumeaux-numériques, cela veut dire qu’on peut générer une double numérique de notre corps. Prenons par exemple un organe comme le cœur, grâce à l’IA générative nous pouvons générer un double, et cela nous permet de voir s’il n’y a pas d’anomalie anatomique sur le cœur.

Cela permet aussi au chirurgien de se préparer mentalement avant l’intervention et de pouvoir faire une répétition, ainsi donc d’éviter le nerf phrénique par exemple, qui contrôle le diaphragme, et participe donc à la respiration. L’IA générative permet de se former mais aussi de faire des prévisions des besoins en personnels et en lits d’hospitalisation par analyse des tendances épidémiologiques, climatiques.

En période de paludisme, les hôpitaux étant très souvent saturés, l’IA peut prédire s’il y aura un pic de la maladie et aider à gérer les ressources pour satisfaire les patients. 

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de la manière dont l’IA a transformé la prise en charge des patients ?

Des exemples concrets, on a ZIWIG qui est une technologie qui permet de détecter l’endométriose à travers la salive puisqu’avant on était parfois obligé d’opérer la patiente, et faire des IRM.

Or opérer un patient tout le temps et faire des IRM pour ne pas forcement trouver, ce n’est pas intéressant, mais maintenant ce n’est plus le cas. On a juste besoin d’un crachat pour détecter l’endométriose ( ndlr : l’endométriose est une maladie gynécologique chronique qui se caractérise par la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine (appelée endomètre) en dehors de l’utérus).

Nous avons aussi des IA qui peuvent prédire si un patient est susceptible de développer un cancer du sein dans un délai de cinq ans. Aussi au niveau de la radiothérapie l’IA permet de bien cibler la tumeur à traiter sans irradier les organes voisins. Voici donc des exemples concrets dont l’IA a transformé la prise en charge des patients, et surtout au Burkina Faso à travers la radiothérapie.

AFos : Quels sont les défis majeurs auxquels sont confrontés les chercheurs lorsqu’ils appliquent l’IA à la santé ?

Les grands défis sont souvent la disponibilité des données, car quand on parle d’IA on parle également de données. Et il ne faut pas négliger cet aspect parce que si nous n’avons pas suffisamment de données, nous ne pouvons pas travailler, car l’IA est vorace en données.

Souvent il y a la réticence de certains professionnels de la santé, surtout dans les pays où la technologie n’est pas encore développée qui ne comprennent pas vraiment ce que c’est que l’IA et ne voient pas vraiment l’importance du fait des applications peu nombreuses de cet outil dans leur contexte par rapport aux autres pays.

Nous avons aussi le problème de l’écosystème. Si l’écosystème adapté à l’émergence solutions basées sur l’intelligence artificielle n’est pas développé, nous ne pouvons pas travailler. Voilà donc quelques défis auxquels nous faisons face.

Comment voyez-vous l’évolution de l’IA en santé dans les prochaines années ?

Je vois déjà des IA plus généralistes. Il faut comprendre qu’il existe trois types d’IA que sont les IA faibles, les IA forts et les super intelligences.

Les IA fortes, sont des IA qui peuvent exécuter plusieurs tâches par rapport aux IA faibles qui elles, sont spécialisées dans une tache donnée.

On aura donc des IA capable de discuter avec le médecin, proposer des interprétations d’images comme les clichés radiologiques par exemple. 

Quel est le rôle de l’éthique dans l’application de l’IA à la santé ? 

L’IA sans éthique n’est que ruine de l’âme. L’éthique est très importante car elle permet de ne pas sombrer dans les dérives technologiques. Parce que c’est une technologie qui reste encore à découvrir bien vrai qu’on a des avancées fulgurantes.

Mais s’il n’y a pas de règlementations, un suivi, en ce moment on ne met pas le patient au centre comme le recommande l’OMS.

Les médecins africains sont-ils déjà formés à l’usage de l’IA en santé ou bien cela reste un défi ?

Je dirais que c’est toujours un défi car dans les pays en développement, on ne voit pas vraiment l’impact de l’IA. Parce que de nombreux systèmes ne sont pas informatisés, ce qui fait que nous ne pouvons pas réellement utiliser l’IA. Et quand on parle de l’IA beaucoup pensent immédiatement à ChatGPT.

Et pourtant ChaGPT n’est pas la seule IA, d’autant qu’il existe également de nombreuses IA performantes. Nous avons donc du mal à convaincre des médecins. Mais je pense que les esprits sont en train de changer et au fur et à mesure on pourra avoir des gens ouverts aux nouvelles technologies. 

Fildouindé Ariel Shadrac Ouédraogo, médecin en formation et développeur à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou

Quels sont les obstacles réglementaires à l’adoption de l’IA dans le domaine de la santé et comment peuvent-ils être surmontés ?

D’abord l’adaptabilité. Parce qu’il faut vraiment s’adapter au contexte et aux réalités du pays car si on n’adapte pas l’IA au contexte on fera une IA qui ressemble à une prothèse inutile. Cela veut dire qu’elle est là pour juste être là. C’est comme si nous recherchons un troisième pied alors que nous en avons déjà deux.

Cela devient une surcharge. L’adaptabilité est donc très importante dans ce domaine. Mais les enjeux sont aussi nombreux telle la sensibilisation des gens afin qu’ils s’intéressent.

Que doit-on faire pour que les besoins des africains soient compris par les IA ?

Il est important que les Africains s’intéressent déjà l’IA. Car si vous êtes intéressé, vous veillerez de sorte à être inclus dans l’IA. Ce qui fait que les africains sont faiblement représentés c’est souvent nous ne sommes pas inclus dans certains projets IA.

Quand vous n’êtes pas inclus dans un projet, on ne peut pas tenir compte de vos besoins. Mais si vous êtes inclus dans un projet, mais que vous n’êtes pas fortement représentés non plus, on ne peut pas répondre correctement à vos besoins.

Imaginez que vous êtes inclus dans un projet, et que vous soyez la seule personne à avoir une maladie donnée, au milieu d’un milliard de personnes, on ne peut pas prendre compte de votre intérêt seul au dépends du reste de la population.

Mais si vous êtes fortement représentée je pense que cela sera plus facile et vos besoins seront peut-être satisfaits. Je dis aussi que pour répondre à nos besoins, nous devons vraiment travailler à changer nos mentalités parce que c’est souvent aussi un problème chez nous, de ne pas essayer de comprendre les choses avant de les adopter ou de les refuser. 

Par exemple, c’est le cas avec le paracétamol. Les gens en prennent parce qu’ils ont mal à la tête. Mais, ils ne savent pas que l’excès du paracétamol peut donner une insuffisance hépatique, tout ça du fait de l’ignorance.

Quelques exemples d’IA qui ont déjà faits leur preuve ?

On a Mirai qui est un outil de détection du cancer du sein qui permet de prédire si un patient est susceptible de développer un cancer du sein dans un délai de cinq ans.

On a une IA qui a été développée par le MIT basée sur la prévention des caillots sanguins et des attaques cérébrales en identifiant les patients présentant un risque de fibrillation atriale. La fibrillation atriale est une activité électrique anormale de façon simple est responsable jusqu’à 25% des Accident Vasculaires Cérébrales, en augmentant le risque des augmentations de formation de caillots sanguins

Au Burkina Faso, nous avons l’usage de l’IA dans la Radiothérapie pour un traitement plus précis.  

Il y a aussi AgenT qui permet de diagnostiquer et détecter la maladie d’Alzheimer 20 ans avant que cela ne déclenche. Tout cela permet de prendre des bonnes mesures d’hygiène pour pouvoir contrer la maladie.  

Qu’avez-vous à ajouter pour finir cet entretien ?

Je suis très content que votre média s’intéresse à ce type d’initiative bien vrai que nous fassions des conférences, si les médias ne s’y intéressent pas et ne partagent pas ce que nous faisons, l’information n’ira nulle part. Par exemple, beaucoup ne savent pas que la radiothérapie existe au Burkina Faso.

Et quand on parle de radiothérapie, beaucoup confondent avec la radiologie. Pourtant à la différence de la radiologie conventionnelle elle intervient dans la prise en charge du cancer. Aussi la prise en charge du cancer du col de l’utérus par la radiothérapie est gratuite au Burkina Faso pour les nationaux. Mais beaucoup ne le savent pas, pensant que cela n’est disponible qu’à l’extérieur.

Pourtant nous avons un centre au Centre Hospitalier Universitaire de Bogodogo, deux autres en cours d’ouverture à Centre Hospitalier Universitaire de Tengandogo et à Bobo-Dioulasso. Tout cela pour vous dire merci pour ce que vous faites dans la vulgarisation de l’information scientifique et l’instruction des populations aux nouvelles technologies telles que l’IA, et pour votre intérêt pour la Semaine de de l’Intelligence Artificielle et des technologies émergentes SEINAR.

Dô DAO (Stag)

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