Face aux incertitudes liées au changement climatique, tous les marchés solaires ouest-africains ne présentent pas le même niveau de risque. Une étude scientifique publiée le 29 août 2026 dans la revue « Communications Earth & Environment » identifie le Sénégal parmi les pays offrant un profil particulièrement favorable pour les investissements photovoltaïques à long terme. Une résilience qui s’explique autant par les conditions économiques que par la relative stabilité des projections climatiques.
L’étude, consacrée aux besoins en électricité solaire et en stockage en Afrique de l’Ouest, analyse 184 districts de 14 pays membres du West African Power Pool (WAPP). Les chercheurs ont confronté les performances économiques du photovoltaïque à 12 modèles climatiques régionaux, selon le scénario RCP4.5, pour évaluer l’évolution possible des ressources solaires entre 2026 et 2050.
Le Sénégal se distingue d’abord par son réseau électrique relativement bien réparti. Selon les résultats, le pays présente la meilleure couverture du réseau dans la région étudiée, avec des dépenses d’interconnexion généralement faibles. Le coût moyen de transmission nécessaire au raccordement des installations photovoltaïques y est estimé à 18,9 dollars par kW, ce qui limite un important facteur de risque pour les projets solaires.
À cela s’ajoutent des coûts fonciers particulièrement compétitifs. Le Sénégal affiche le coût moyen national de location des terres le plus faible parmi les pays étudiés, à environ 345 dollars par MW et par an. Dans certains territoires comme Kédougou et Matam, ce coût descend autour de 100 dollars.Mais c’est surtout sur le terrain climatique que le Sénégal attire l’attention.
Alors que le Liberia et la Sierra Leone présentent une forte sensibilité aux variations projetées de l’irradiation solaire, le Sénégal figure, avec la Gambie et la Guinée-Bissau, parmi les pays où les écarts entre modèles climatiques restent relativement faibles. Les chercheurs y voient une plus grande prévisibilité des performances économiques des installations photovoltaïques.
Cette combinaison — coûts maîtrisés, accès au réseau et faible variabilité des projections climatiques — place ainsi le Sénégal dans le groupe des destinations présentant un profil « coût-stabilité » favorable. Pour les investisseurs comme pour les décideurs publics, cette prévisibilité peut réduire l’exposition financière aux incertitudes climatiques et faciliter la planification énergétique sur le long terme.
L’étude rappelle toutefois que la résilience ne repose pas uniquement sur le solaire. Le stockage par batteries et hydrogène peut également améliorer la fiabilité des systèmes photovoltaïques, même si les besoins et les bénéfices varient fortement d’un territoire à l’autre.Pour le Sénégal, le message est donc clair : dans une Afrique de l’Ouest confrontée à une demande énergétique croissante et à un climat plus incertain, l’enjeu n’est plus seulement de produire davantage d’électricité solaire, mais de planifier les investissements en tenant compte du climat, des coûts et des infrastructures disponibles.
Jean Tognikpo