Une étude menée dans cinq hôpitaux au Bénin montre que certaines bactéries résistantes aux antibiotiques peuvent circuler entre l’hôpital et le domicile. Les patients et leurs accompagnants pourraient jouer un rôle dans cette circulation, notamment après le retour à la maison. Les chercheurs appellent ainsi à renforcer les mesures d’hygiène et de prévention dans les établissements de santé. L’étude a été publiée dans « Antimicrobial Resistance & Infection Control ».
Les antibiotiques sont utilisés pour traiter de nombreuses infections bactériennes. Mais certaines bactéries développent des résistances qui rendent ces médicaments moins efficaces. L’étude s’est particulièrement intéressée aux bactéries résistantes aux carbapénèmes, une famille d’antibiotiques souvent utilisée lorsque d’autres traitements ne fonctionnent plus.
Entre janvier et mars 2023, les chercheurs ont suivi 248 personnes dans cinq hôpitaux béninois : 81 patients, 81 accompagnants, 58 professionnels de santé et 28 membres de ménages. Des prélèvements ont été effectués pendant l’hospitalisation, puis après le retour de certains participants à leur domicile.
Au total, 981 échantillons ont été analysés. Les chercheurs ont identifié 141 bactéries résistantes aux carbapénèmes, principalement Escherichia coli, Klebsiella pneumoniae et Acinetobacter baumannii. Les résultats montrent une augmentation de la présence de ces bactéries au cours de l’hospitalisation.
Chez les personnes suivies, le taux est passé de 7,3 % à l’admission à 22,7 % au huitième jour. Chez les patients et accompagnants encore porteurs de bactéries résistantes au moment de leur sortie, leur présence a également augmenté au cours du suivi à domicile.
Les chercheurs précisent toutefois que ces derniers résultats doivent être interprétés avec prudence, en raison notamment du nombre important de participants perdus de vue. Pour mieux comprendre les liens entre les bactéries retrouvées chez les différentes personnes, les chercheurs ont réalisé une analyse génétique sur 41 échantillons.
Cette analyse a montré que certaines bactéries retrouvées chez des patients, leurs accompagnants ou d’autres membres du ménage étaient très proches. Ces résultats sont compatibles avec une transmission entre personnes ou avec une origine commune récente. L’étude met également en évidence le rôle possible de petits éléments d’ADN appelés plasmides.
Ce sont de petits morceaux d’ADN présents dans certaines bactéries et capables de transporter des gènes de résistance aux antibiotiques. Certains peuvent également passer d’une bactérie à une autre. Dans cette étude, les chercheurs ont notamment retrouvé des plasmides de type IncFII et IncFI portant plusieurs gènes de résistance.
Cela signifie que la résistance peut se diffuser non seulement parce que des bactéries résistantes se transmettent, mais aussi parce que les gènes responsables de cette résistance peuvent passer d’une bactérie à une autre.
Cette étude constitue la première étude au Bénin à mettre en évidence le rôle des patients et de leurs accompagnants dans la circulation de bactéries résistantes entre l’hôpital et la communauté. Ils recommandent notamment de renforcer l’hygiène des mains, le dépistage des patients à risque, les précautions de contact et le nettoyage des espaces de soins.
Jean Tognikpo