LE MAG RECHERCHE

Des filières pour pas grand- chose !

Que d’erreurs ! Que de déceptions ! Que de temps perdu ! Mais, qu’est ce qui m’a mis sur ce chemin? J’aurais pu faire autre chose ! J’aurais pu…J’aurais dû…C’est de cette manière que beaucoup le vivent, dans le silence. Et chaque année, les mêmes maladresses se répètent.

Chaque génération repart avec son lot de regrets. Encore des nouveaux bacheliers cette année au carrefour de leur vie, sans orientation, sans boussole. Cet article est ma manière de nous rappeler une des urgences auxquelles il faut faire face. Et mon souhait est qu’il suscite un vrai débat…

On se trompe. Tout le monde se trompe. On s’est trompé tout le temps. Nous avons été bernés à chaque instant. La jeunesse a été mise dans la sauce de certains intellectuels et politiques incapables de réflexions et d’actions et qui, de par leur cupidité et leur soif du pouvoir, détruisent l’avenir des jeunes. Tout le monde s’accorde à dire que le système éducatif n’est pas adapté aux réalités et aux besoins de notre pays.

Le système éducatif et plus particulièrement l’université mène la jeunesse béninoise sur l’autel sans pitié de la pauvreté et de la fatalité. Tout le monde reste passif devant un système qui forme chaque jour des chômeurs. Tout le monde reste immobile et coupable devant cette équation qui fait perdre du temps à la jeunesse.

Et chaque année, des milliers de bras valides détruisent leurs talents et leurs avenirs en s’inscrivant dans des filières sans issue parce que n’ayant pas le choix ou pour avoir été mal orientés. Une solution pourrait être la suspension voire la suppression de certaines filières dans nos universités. Pour étayer cette approche, partons de 3 exemples pris au hasard (d’autres filières peuvent faire objet de cette analyse).

Première filière, la géographie. Cette dernière reçoit chaque année de milliers de bacheliers. Rares sont ces apprenants qui sont convaincus de ce choix. Devenir géographe n’est pas le rêve primaire de ceux qui se retrouvent en géographie. Il s’agit pour la plupart du temps d’un choix par défaut.

Confrontés très tôt aux désillusions de la formation, ils sont légions à désirer avec ardeur faire demi-tour. Mais l’hésitation, la déception et surtout le manque de courage les en dissuadent. Une fois le diplôme en main, que font-ils, que deviennent-ils, où mettent ils en application leurs compétences ?

A la maison pour la plupart, espérant un concours d’entrée à la fonction publique, concours qui ne délivre que quelques chanceux du chômage. A quoi alors aura servi de se bourrer la  tête de connaissances si c’est pour se retrouver dans des probabilités, tout en étant incapable de payer une dot, d’assister aux réunions familiales où des cotisations sont exigées, incapable de venir en aide à  sa fratrie, et taxant les femmes de matérialistes à la moindre demande !

Deuxième filière, la linguistique. Il ne vous aura pas échappé que les débouchés de cette formation ne sont pas évidents. Et ce n’est pas faute d’avoir cherché. Le sort commun des étudiants qui embrassent cette filière se trouve dans la vacation, un exercice provisoire dans les lycées et collèges qui manquent d’enseignants régulièrement formés dans les écoles normales pour l’enseignement du français. Des linguistes, on en a beaucoup, mais qui ne servent pas à grand-chose. Doit-on continuer à accepter des bacheliers dans un tel contexte ? La réponse devrait tout de même être sans ambiguïté.

Troisième filière pour finir, la CBG. Cette filière est le réceptacle des bacheliers majoritairement de la série D mais ayant une phobie pour les mathématiques et les sciences physiques. Les étudiants de cette filière n’ont d’autres choix que la craie. Mais le drame est que le domaine de la craie est de plus en plus serré. Beaucoup sont ceux qui ont une maîtrise en CBG mais qui sont obligés de rester oisifs après plus de 17 ans passés à cirer les fesses sur les bancs de l’école. 17 ans dans la vie d’un être humain, ce n’est pas rien.

A  17 ans, Mark Zuckerberg a créé Facebook. Aujourd’hui à 33 ans, il est la sixième fortune au monde avec 50,7 milliards de dollars américains selon le magazine Forbes. Au Bénin, à 33 ans, les jeunes se cherchent encore, et réfléchissent chaque jour à leur vie, désillusionnés et incapables d’oser après avoir passé près de deux décennies dans un système dit ‘’éducatif’’.

La création d’une filière dans une université devrait être la réponse à un besoin. Quand on part de ce principe, on se rend compte que des filières créées depuis des années n’apportent rien au développement du pays. Elles constituent plutôt des usines à fabriquer des chômeurs. La solution à apporter parait évidente.

Il urge en effet de recenser ces filières pourvoyeuses de chômeurs et de les mettre en jachère pour une durée indéfinie. L’investissement pourra servir alors à la création de centres de formation technique et professionnelle qui offrent tôt aux jeunes apprenants des possibilités d’emploi et de création de richesses.

Les domaines prioritaires de formation devraient être l’agriculture, les technologies de l’information et de la communication, les bâtiments et travaux publics, la gastronomie. Il faudra aussi valoriser les métiers de l’artisanat notamment la menuiserie, la couture, la plomberie, la mécanique etc. La valorisation de ces formations passe par une formalisation des mécanismes d’apprentissage avec la possibilité d’avoir une licence voire un master dans ces domaines.

Ce faisant, l’on pourra dire un jour, je cite : Je m’inscris en première année de menuiserie à l’université d’Abomey-Calavi ou encore, je viens de soutenir mon master en gastronomie à l’Université de Parakou. Le résultat est qu’on finira par ne plus avoir des intellectuels théoriciens polémistes limités aux discours creux mais plutôt des intellectuels praticiens qui produisent des résultats. Quand aura compris ça, ce sera certainement le début du développement.

Isaac Houngnigbé

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