Des déclarations de médecins diffusées sur les réseaux sociaux depuis février 2026 affirment qu’avoir entre 12 et 21 rapports sexuels par mois permettrait de réduire les risques de cancer de la prostate. Si des études ont observé une association entre la fréquence des éjaculations et une diminution du risque de diagnostic, elles ne justifient pas d’imposer un nombre précis de rapports sexuels mensuels.
Gynécologue-obstétricien et président de la Ligue tchadienne contre le cancer, Dr Manikassé Palouma a déclaré qu’« il faut avoir 21 rapports sexuels par mois pour éviter l’apparition du cancer de la prostate…». Selon le magazine Info Santé, qui donne l’information, le 13 octobre 2026, le spécialiste a affirmé que des études scientifiques avaient mis en évidence un lien entre la fréquence des rapports sexuels et la réduction du risque de développer un cancer de la prostate.
Le post de Info Santé a enregistré plus de 7 400 mentions ‘’J’aime’’, 3 500 commentaires et 2 200 partages à la date du vendredi 16 octobre 2026.
Quelques mois avant la sortie du Docteur Manikassé Palouma, Dr Michel Wonya, médecin-chef de projet en République du Congo chez Terre sans frontières déclarait en février 2026 sur Top Congo FM qu’« un homme devrait avoir 12 à 21 rapports sexuels par mois pour réduire les risques liés à la prostate ».
L’extrait de son passage, diffusé en vidéo, s’était ensuite répandu sur les réseaux sociaux sous forme d’affiches et de publications textuelles. Plusieurs pages Facebook et comptes ont relayé la déclaration, contribuant à sa viralité (voir ici, ici, ici, ici, ici et ici).
Vérification
Une recherche effectuée sur Google avec les mots clés : ‘’fréquence rapports sexuels homme cancer prostate’’ montre que les déclarations semblent s’appuyer sur une étude de 2016 de la cohorte Harvard HPFS menée auprès d’environ 32 000 hommes. Les observations portent principalement sur les cancers de bas grade.
Une étude publiée en 2016, menée auprès de 31 925 hommes dans le cadre de la cohorte américaine Health Professionals Follow-up Study, a observé une association entre une fréquence élevée d’éjaculations et une diminution du risque de diagnostic de cancer de la prostate, notamment pour les formes à faible risque.
Les hommes déclarant au moins 21 éjaculations par mois présentaient un risque inférieur à celui des hommes en déclarant 4 à 7 par mois. Ces résultats ne démontrent toutefois pas qu’une fréquence élevée d’éjaculations prévient directement la maladie.
Une autre étude, cette fois-ci, australienne menée auprès de 2 338 hommes révèle que ceux qui éjaculent entre 4,6 et 7 fois par semaine avaient 36 % de risque en moins d’être diagnostiqué un cancer de la prostate avant 70 ans, comparés à ceux qui en avaient moins de 2,3 par semaine.
Pas de fréquence de rapports sexuels imposée
Les deux études portent sur la fréquence des éjaculations, et non des rapports sexuels, sans toutefois prouver un lien direct de cause à effet.
Selon le Docteur Djamal Jaké, médecin spécialiste en urologie et andrologie exerçant au Bénin joint au téléphone, « s’il est vrai que l’éjaculation survient généralement lors d’un rapport sexuel, les deux notions ne se confondent pas nécessairement. Bien entendu, pour la majorité des personnes, éjaculation rime avec rapport sexuel. Tout dépend de l’angle par lequel on voit les choses », a expliqué le promoteur du Cabinet d’Urologie Salam, à Cotonou.
Un autre expert, Moïse Koudouss Toafodé, infirmier diplômé d’État, spécialisé en sexologie clinique et en thérapie de couple estime « qu’il est scientifiquement incorrect de présenter directement » les résultats des études « comme une recommandation de 12 à 21 rapports sexuels par mois ». Et pour cause, fait-il remarquer, « une éjaculation peut survenir lors d’un rapport sexuel ou d’une masturbation ».
« Les données disponibles suggèrent une association possible entre une fréquence plus élevée d’éjaculations et un risque moindre de cancer de la prostate, mais elles ne justifient pas d’imposer un nombre précis de rapports sexuels mensuels à tous les hommes », précise Moïse Koudouss Toafodé, infirmier diplômé d’État, spécialisé en sexologie clinique et en thérapie de couple.
L’éjaculation est un réflexe provoqué par des stimulations rythmées du pénis lors des rapports sexuels ou de la masturbation, selon le dictionnaire Larousse. Quant au rapport sexuel, le site spécialisé en santé, Flo Health, le définit comme un accouplement humain : « Il s’agit d’un rapport sexuel traditionnel entre un homme et une femme, où le pénis pénètre le vagin ».
Plus d’éjaculation, âge et antécédents familiaux
Pour réduire les risques du cancer de la prostate, il ne suffit pas de pratiquer une activité sexuelle intense. Pour Docteur Djamal Jaké, « l’essentiel est de savoir que certaines études assez sérieuses ont prouvé que la fréquence des éjaculations peut protéger contre le cancer de la prostate ».
Il rappelle enfin que l’âge et les antécédents familiaux comptent parmi les facteurs de risque et recommande aux hommes de plus de 45 ans de consulter un urologue pour évaluer leur santé prostatique.
Cancer de prostate, une priorité de santé publique
Selon une publication de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) datant de novembre 2025, le cancer de la prostate constitue un enjeu majeur de santé publique en Afrique. L’organisation souligne l’importance de la prévention et de la détection précoce de cette maladie, dont la fréquence varie selon les pays.
« Au niveau mondial, le cancer de la prostate est désormais le deuxième cancer le plus fréquent chez les hommes, avec une estimation de 30 cas pour 100 000 personnes en Afrique », mentionne l’article. Le chiffre varie considérablement d’un pays à l’autre. L’organisation mondiale de la santé souligne que « les taux les plus élevés étant observés dans les pays d’Afrique du Nord comme le Maroc et la Tunisie, ainsi qu’en Afrique du Sud ».
Selon l’OMS, « il n’existe pas de méthode infaillible pour prévenir le cancer de la prostate ». Toutefois, l’organisation souligne que des modes de vie sains peuvent contribuer à réduire les risques, notamment grâce à une activité physique régulière et une alimentation équilibrée. Elle insiste également sur la détection précoce, affirmant qu’elle est « essentielle pour augmenter les chances de survie ».
Verdict : Faux. Les études disponibles suggèrent une association entre une fréquence plus élevée d’éjaculations et une diminution du risque de diagnostic de cancer de la prostate, sans toutefois établir de lien direct de cause à effet. Elles ne recommandent aucun nombre précis de rapports sexuels par mois.
Présenter 12 à 21 rapports sexuels mensuels comme une prescription médicale revient à confondre la fréquence des éjaculations avec celle des rapports sexuels et à transformer une observation scientifique en règle générale.
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