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Grégoire Touron Gardic, Chercheur spécialiste des aires marines protégées : « Protéger une vague, c’est protéger tout l’écosystème autour »

Grégoire Touron Gardic explore depuis plusieurs années un lien encore peu étudié : celui entre le surf, la protection des vagues et la conservation des écosystèmes côtiers. De la Bretagne à l’Afrique de l’Ouest et au Maghreb, ses travaux montrent comment les communautés de surfeurs peuvent devenir des acteurs clés de la défense du littoral, de la biodiversité marine et d’un tourisme durable fondé sur la préservation des « réserves de vagues ».

Vous êtes le chercheur principal de cette étude sur le potentiel du surf comme outil de conservation en Afrique de l’Ouest et au Maghreb. Pouvez-vous nous expliquer, en quelques mots, ce qui vous a motivée à explorer ce lien entre surf, vagues et protection des écosystèmes marins ?

 Il s’agit d’un sujet que j’explore depuis plusieurs années. Cela a commencé avec mon engagement au sein d’une association en France – France Hydrodiversité, qui milite pour la protection des vagues. Cette association est portée par une personnalité connue chez moi en Bretagne, le surfeur-explorateur Erwan Simon. Il a évoqué la création de « Réserves de vagues ».

En tant que chercheur spécialisé dans les aires marines protégées, j’y ai vu un parallèle intéressant. J’ai donc mené de front les activités associatives (on a effectivement créé une réserve de vagues en Bretagne) et des recherches sur les réserves de vagues, et ce depuis 2021-2022. J’avais déjà publié une paire d’articles scientifiques sur le sujet.

En termes simples, comment le surf peut-il réellement contribuer à la protection des écosystèmes marins en Afrique de l’Ouest et au Maghreb ?

 Plusieurs aspects : en premier lieu, le surf permet la diffusion d’une activité ludique et récréative, en lien avec l’océan. Cela peut renforcer le lien qu’entretiennent de nombreux habitants avec l’océan. Cela génère aussi de l’engouement. Le surf peut être un vecteur de fierté locale.

Fierté pour son « spot », pour ses meilleurs surfeurs, etc. C’est une porte d’entrée pour sensibiliser les gens à l’environnement marin. Par la suite, il est logique qu’en agissant pour protéger son « spot », sa vague de surf, l’on protège en cascade tout l’environnement adjacent.

En fait, dans certains pays, les autorités collaborent avec des associations de surfeurs pour créer des aires marines protégées. Du reste, le surf est un sport qui bénéficie d’une relativement bonne image, dans l’air du temps : il peut impulser un souffle nouveau à la conservation.

Votre étude montre que de nombreux spots de surf sont situés à proximité d’aires marines protégées et d’autres zones clés pour la biodiversité. Pourquoi ce chevauchement est-il si important pour la conservation marine ?

Si cela est bien géré, le surf peut s’avérer être une opportunité pour la conservation de ces zones à haute valeur environnementales. C’est une porte d’entrée « fun » et attrayante. En complément d’une approche plus classique de la conservation de l’environnement, le surf permettrait de débloquer de nouveaux leviers de financements. De nouveaux acteurs pourraient se joindre au paysage classique de la conservation de l’environnement.

Du reste, si des communautés de surfeurs locaux sont déjà implantées, cela permet de connecter davantage les habitants riverains avec les pratiques de conservation. Ces surfeurs, qui sont souvent des personnes influentes dans leurs communautés, pourraient devenir l’un des maillons essentiels de la protection de leur littoral.

Concrètement, comment les communautés de surfeurs et les populations locales peuvent-elles devenir des acteurs de la protection des écosystèmes marins à partir de ces spots de surf ?

En étant des ambassadeurs de leurs spots de surf. Il existe des spots emblématiques en Afrique de l’Ouest. Et les surfeurs locaux ont un excellent niveau. Ils sont les témoins des pressions sur l’environnement côtier et marin.

Ecoutons-les, laissons-les communiquer sur les changements qu’ils ont constatés. La structuration de leurs activités de plaidoyer, la défense de leurs spots ont déjà mené à de grandes choses. L’ONG Save The Waves, par exemple, qui a été initiée par des surfeurs, a pour objectif de sauver 1000 vagues d’ici à 2030. C’est énorme.

Selon vous, comment les décideurs publics peuvent-ils intégrer la conservation du surf et les réserves de vagues dans les politiques de gestion côtière, pour favoriser un tourisme durable et des économies locales ?

Dès lors que l’on se rend compte que les vagues sont un capital naturel extrêmement précieux et vulnérable, alors les mentalités peuvent changer rapidement. En ce qui concerne l’aspect de planification, le passage à une vision transversale est nécessaire (par opposition aux approches segmentées par secteurs). Plusieurs outils existent déjà, tels que la planification spatiale marine, la gestion intégrée des zones côtière, les cadres théoriques tels que l’ecosystem-based management, etc.

En bref, la prise en compte du surf et de ses conditions particulières (houle, substrat, qualité de l’eau…) devrait s’étendre à tous les documents stratégiques, depuis le niveau pluri-national jusqu’au niveau local/municipal. Cela passe par les documents-cadre relatifs à l’économie bleue, aux aires protégées, les plans d’urbanisme, les plans de gestion du littoral, etc. Il est important de ne pas se limiter aux plans sectoriels classiques (plan tourisme, plan nautisme, plan pêche, etc…).

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