Le stock moyen de carbone de la forêt classée des Kalounayes, en Casamance, a augmenté de près de 79 % entre 1996 et 2026. Pourtant, cette progression ne traduit pas nécessairement une amélioration de l’état de la forêt. Derrière les chiffres, une autre évolution inquiète : les espaces forestiers les plus denses et les plus riches en biomasse diminuent. Un paradoxe mis en évidence par une récente étude scientifique.
Dans une publication parue le 30 octobre 2026 dans le Journal of Applied Life Sciences International, une équipe de neuf chercheurs analyse l’évolution de la biomasse et des réserves de carbone de la forêt classée des Kalounayes, située à l’est de Bignona, dans la région de Ziguinchor. Intitulée Remote Sensing-Based Assessment of Carbon Stock Dynamics in the Kalounayes Classified Forest, Senegal, West Africa, l’étude s’appuie sur des images satellitaires Landsat couvrant quatre périodes : 1996, 2007, 2016 et 2026.
Les résultats révèlent une hausse progressive de la végétation et de la biomasse. Le stock moyen de carbone est ainsi passé de 13,13 à 23,54 tonnes de carbone par hectare en trente ans, soit une augmentation d’environ 79 %. La biomasse totale moyenne a, elle aussi, progressé de près de 79 %, passant de 27,93 à 50,09 tonnes par hectare.
À première vue, ces données pourraient laisser penser que la forêt se reconstitue. Mais les chercheurs attirent l’attention sur un indicateur moins visible : les valeurs maximales de carbone ont fortement reculé. Elles sont passées de 108,5 tonnes par hectare en 1996 à 61,01 tonnes en 2026.
Autrement dit, les zones qui concentraient les peuplements les plus denses et les réserves de carbone les plus importantes ont progressivement perdu leur poids dans le paysage forestier. Cette évolution suggère une transformation de la structure de la forêt.
Des formations végétales de densité intermédiaire gagnent du terrain, tandis que les peuplements les plus riches en biomasse tendent à disparaître. La végétation peut donc progresser dans son ensemble sans que les secteurs forestiers les plus anciens ou les plus denses soient préservés.

Les auteurs évoquent plusieurs pressions susceptibles d’affecter cet écosystème : défrichements agricoles, exploitation du bois, feux de brousse et prélèvement des ressources naturelles. Des plans d’aménagement et de gestion ont également été adoptés pour la forêt, avec une démarche de cogestion impliquant plusieurs collectivités locales.
Toutefois, l’étude ne permet pas d’établir précisément leur effet sur l’évolution observée. Les chercheurs invitent aussi à interpréter les estimations avec prudence. Les calculs reposent sur des modèles de biomasse qui n’ont pas été validés directement par des mesures de terrain dans les Kalounayes. Ils recommandent donc des inventaires forestiers, des mesures sur les arbres et des équations adaptées aux espèces locales pour affiner les résultats.
Au-delà de la hausse du carbone stocké, cette étude pose une question essentielle pour la conservation en Casamance : comment favoriser la régénération de la végétation tout en protégeant les peuplements forestiers les plus denses, qui jouent un rôle majeur dans le stockage du carbone ?
Jean Tognikpo