Au Sénégal, des chercheurs ont démontré qu’une combinaison de litière de volaille et de micro-organismes bénéfiques permet d’augmenter significativement les teneurs en fer et en zinc de la patate douce à chair orange. Une avancée prometteuse pour renforcer la valeur nutritionnelle de cette culture stratégique tout en s’appuyant sur des solutions agroécologiques locales.
Selon une étude publiée le 3 septembre 2026 dans la revue Food Science & Nutrition, la combinaison de ressources organiques et de micro-organismes bénéfiques permet d’améliorer à la fois le rendement de la patate douce à chair orange et sa teneur en micronutriments essentiels. Les essais, menés à la station expérimentale de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA) de Nioro du Rip sur deux saisons de culture, ont notamment porté sur la variété « Apomudem ».
La patate douce à chair orange est déjà reconnue pour sa richesse en provitamine A et son rôle dans la lutte contre la malnutrition. Toutefois, ses faibles teneurs en fer et en zinc limitent son potentiel nutritionnel. Or, au Sénégal, les carences en ces micronutriments touchent encore près de 42 % des enfants de moins de cinq ans et 37 % des femmes en âge de procréer.
Pour répondre à ce défi, une équipe de chercheurs a évalué l’effet combiné de déchets organiques locaux et de micro-organismes bénéfiques sur la qualité nutritionnelle de cette culture. L’étude a été menée à la station expérimentale de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA) de Nioro du Rip sur deux saisons de culture, en utilisant la variété de patate douce « Apomudem ».
Les scientifiques ont testé plusieurs associations de litière de volaille, de boues d’épuration et d’inoculums microbiens. Les résultats montrent que certaines combinaisons améliorent à la fois les rendements agricoles et l’enrichissement des tubercules en micronutriments essentiels.
La combinaison la plus performante associait la litière de volaille à des micro-organismes bénéfiques issus de litière forestière fermentée. Ce traitement a permis d’atteindre un rendement de 21 tonnes de tubercules par hectare, soit 2,6 fois plus que les parcelles non fertilisées. Il a également doublé la teneur en zinc des tubercules, atteignant 20 mg par kilogramme de matière sèche.
Concernant le fer, les meilleurs résultats ont été obtenus grâce à l’association de la litière de volaille, des micro-organismes bénéfiques et de champignons mycorhiziens. Cette combinaison a porté la concentration en fer à 44 mg par kilogramme de matière sèche, soit 1,7 fois plus que le niveau de comparaison.Selon les auteurs, ces résultats confirment l’intérêt des approches agroécologiques pour améliorer simultanément la productivité et la qualité nutritionnelle des cultures vivrières.
En valorisant des ressources locales souvent peu exploitées, cette stratégie pourrait contribuer à renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans les zones rurales d’Afrique de l’Ouest.Les chercheurs soulignent toutefois la nécessité de poursuivre les travaux afin de vérifier dans quelle mesure l’augmentation des teneurs en fer et en zinc se traduit par une meilleure absorption de ces nutriments par l’organisme humain.
Jean Tognikpo