Mbusa Murumba Kombi conduit actuellement une recherche doctorale en sciences de l’ingénieur, option génie civil, à l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé (Université de Yaoundé I).
Ses travaux portent sur la caractérisation intégrée des sols de la ville de Butembo, avec pour objectif d’appuyer une urbanisation plus durable à travers une approche géotechnique innovante.
Dans un contexte marqué par l’expansion urbaine rapide et les défis liés à la stabilité des infrastructures, cette recherche explore notamment l’apport des outils numériques avancés. Mbusa Murumba Kombi a accordé une interview à All For Sciences Media, revenant en particulier sur l’usage de l’intelligence artificielle pour améliorer la caractérisation et la prédiction du comportement des sols.
Q: Le relief de notre région est complexe et sujet à des imprévus. Comment les algorithmes d’IA pourront prédire le comportement d’un sol face à des phénomènes comme l’érosion ou les glissements de terrain ?
R: Nous avons les assimilations par des éléments finis qui sont déjà des précurseurs, qui peuvent déjà nous emmener quelque part. Nous ne disons pas à l’heure que, déjà, on sera en mesure de prédire ces propriétés, que ce soit physiques ou mécaniques, géotechniques des sols, mais nous devons d’abord outiller cette intelligence artificielle par les données que nous avons à partir des études géotechniques, je dirais, classiques.
Et une fois que nous aurons outillé l’intelligence artificielle, alors les données seront à la portée de tout le monde, ce qui amènera les ingénieurs et les urbanistes à pouvoir être soulagés dans ce domaine.
Butembo connaît une expansion urbaine rapide et parfois désordonnée. En quoi vos recherches peuvent-elles aider les autorités urbaines et les constructeurs à choisir des sites de construction plus sûrs ?
Normalement, cette recherche serait l’apanage de notre gouvernement, parce que la vision est que la ville soit dotée d’une carte géotechnique, une carte maintenant qui sera à la portée, que nous allons incorporer dans l’IA.
Mais vous imaginez, quand c’est un individu qui peut peut-être aller faire cette recherche, qui n’est pas soutenu par le gouvernement, ça nous sera vraiment compliqué.
Alors que vous-même, quand nous avons essayé de répertorier les résultats de ces sols, c’est un sol vraiment qui est très très dangereux, parce que quand on fait, par exemple, les études des limites d’Atterberg, ici, nous avons montré que l’indice de plasticité devenait négatif, ce qui est un problème.
Donc, quand nous allons déjà dans un état liquide, ça pose problème surtout au niveau de la fondation, et carrément, le coût devient énormément cher, parce qu’il n’y a que les fondations profondes qui seront recommandées dans ce sens.
Alors, nous voudrions peut-être que le gouvernement puisse prendre ça d’abord comme responsable. Avec cette responsabilité, nous, comme chercheurs, on pourra l’emboîter pour outiller les données à l’intelligence artificielle.
L’implémentation de solutions basées sur l’IA semble coûteuse ou complexe. Est-il réaliste d’envisager l’utilisation de ces outils par nos ingénieurs locaux et les services de l’urbanisme dès aujourd’hui ?
Tout ce que nous faisons, c’est par tâtonnement. Parce que vous allez constater que tous ces ingénieurs qui construisent ici en ville, ils ne font presque aucune étude géotechnique. Alors nous, on s’est dit, pour que nous ayons ces données, ces données seront d’abord une faveur pour le gouvernement. Alors, qui va chapeauter et qui pourra financer ces données ? Normalement, les essais seront effectués par les experts, mais vendus, alors, au gouvernement.
Et une fois le gouvernement, ce sera déjà celui qui aura financé et celui qui sera maintenant responsable de l’IA, pour que, si quelqu’un veut maintenant exploiter ces données de l’IA, c’est le trésor public qui pourra gagner.
Et je pense que c’est un projet vraiment pour le gouvernement. On pense qu’on peut chercher l’argent ailleurs, mais déjà avec cette formalisation de l’IA dans les études géotechniques, l’État aura de l’argent.
Selon vos analyses, si nous intégrons massivement l’IA dans la planification de nos villes, à quoi pourrait ressembler une « Butembo durable » d’ici 10 ou 20 ans sur le plan des infrastructures ?
D’abord, ça sera un soulagement pour le service de l’urbanisme. Et je me dis, l’urbanisme qui octroie l’autorisation de construire, alors qu’il n’a pas ces données géotechniques. Vous imaginez que c’est un service qui ne peut pas beaucoup régénérer à l’État.
Mais je sais bien que si le gouvernement devait outiller l’urbanisme par ces logiciels d’intelligence artificielle qui pourraient nécessairement traiter les essais géotechniques, toute la ville sera vraiment soulagée. Cela va répercuter automatiquement la vie même locale de ceux-là qui sont censé(e)s construire.
Aujourd’hui, on m’a dit qu’au niveau de l’urbanisme, un mètre carré, ça se paye autour de 4 dollars. Mais ces 4 dollars, quand on ne connaît même pas la portance de ce sol, on dirait que peut-être c’est de l’argent qu’on demande sans pour autant voir sa valeur par rapport à ce que l’État serait censé faire.
Moi je me dis, pour être vraiment honnête et plus responsable, on devait d’abord étudier le sol. Une fois qu’on a les données géotechniques du sol, là on peut autoriser maintenant nos habitants à construire aisément, parce qu’on sera au moins sérieux et honnête que le sol là où la population sera censée construire, c’est un sol qui n’a pas de problème.
Mbusa Murumba Kombi, chercheur en génie civil
Propos recueillis par Joel Muyisa Machozi (Stag)