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Le Sénégal avec le Drepaf peut-il briser le fardeau de la drépanocytose ?

Fabriqué pour la première fois au Sénégal, le Drepaf, générique de l’hydroxyurée, marque une étape importante dans la prise en charge de la drépanocytose en Afrique. Plus qu’un simple lancement pharmaceutique, ce médicament pose la question de l’accès aux traitements vitaux, de l’indépendance médicale du continent et de la préparation d’un avenir où la majorité des enfants drépanocytaires naîtront en Afrique.

Entre 10 et 15 millions de patients drépanocytaires vivent en AfriqueEn 2021, on estimait à 7,74 millions le nombre de personnes atteintes de drépanocytose dans le monde, dont 515 000 nouveau-nés, principalement en Afrique subsaharienne, région qui représente près de 80 % des cas à l’échelle mondiale.

La drépanocytose est une cause de mortalité importante chez les enfants de moins de 5 ans, responsable de 81 100 décès en 2021, soit la douzième cause de décès dans cette tranche d’âge si l’on considère la charge de mortalité totale.

Plusieurs études ont démontré la diminution des crises douloureuses, des AVC, et des décès chez les enfants drépanocytaires vivants en Afrique traités par hydroxyurée(HU).

Selon la professeure Zeynabou Fall, spécialiste en hématologie clinique, « à l’horizon 2050, plus de 500 000 enfants naîtront chaque année avec la drépanocytose et 75 % des cas concerneront l’Afrique ». Un fardeau sanitaire qui impose des réponses durables, au-delà de la simple prise en charge d’urgence.

Le Drepaf agit en augmentant la production d’hémoglobine fœtale, une forme qui empêche la déformation des globules rouges. Ce mécanisme permet de réduire la fréquence des crises, de limiter les complications graves et d’améliorer l’espérance et la qualité de vie des patients. « L’hydroxyurée transforme l’évolution naturelle de la maladie. Elle permet aux enfants d’aller à l’école, de grandir et d’atteindre l’âge adulte », explique le Pr Jean-Benoît Arlet, coordonnateur scientifique de l’ONG Drep-Afrique.

La molécule n’est pas nouvelle, mais son accès l’était. Jusqu’ici, l’hydroxyurée (est un médicament essentiel utilisé principalement pour traiter la drépanocytose en réduisant les crises douloureuses) restait coûteuse, importée et souvent indisponible, notamment pour les enfants.

Le Drepaf introduit pour la première fois au Sénégal une forme pédiatrique dosée à 100 mg, utilisable dès le plus jeune âge, et un prix deux fois inférieur aux traitements importés. Il s’agit, d’« une gélule de 500 mg passe de 203 à 98 francs CFA, et le traitement mensuel d’un enfant revient à environ 1 500 francs », précise le Dr Mouhamadou Sow, directeur de Teranga Pharma, qui conditionne le médicament au Sénégal.

Pour les spécialistes, l’enjeu dépasse la thérapeutique. « Produire localement, même à partir d’une molécule connue, c’est sécuriser l’approvisionnement et renforcer la souveraineté sanitaire », souligne pour sa part le Pr Ibrahima Diagne, hématologue. Le partenariat entre Teranga Pharma, Drep-Afrique et des fabricants internationaux démontre une capacité africaine de réponse aux maladies génétiques longtemps négligées.

Plus loin, du côté des patients, l’espoir est concret. Awa Sylla, 21 ans, drépanocytaire de forme SS, raconte : « Je fais des crises presque chaque mois. Je suis souvent hospitalisée et mes parents ont du mal à payer mes traitements. Si le Drepaf est vraiment disponible et moins cher, ça va changer la vie de beaucoup de jeunes comme moi. », confesse-t-elle, regard soulagé.

Toutefois, malgré cette avancée, les défis restent nombreux. Nous avons le dépistage néonatal qui reste encore insuffisant, le suivi médical spécialisé limité, inégalités d’accès entre villes et zones rurales, et nécessité d’un encadrement plus rigoureux de la prescription.

À l’horizon 2050, l’enjeu ne sera plus seulement de disposer d’un médicament, mais de bâtir une véritable politique continentale de prise en charge, de recherche et de production pharmaceutique pour venir à bout à la maladie.

Abdourahime Diallo

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