RECHERCHE SCIENCE ET FEMME

« La science n’a ni genre ni frontière » : Horace Vianney GANKOUTIN alerte sur la résistance antimicrobienne

À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science 2026, All For Sciences s’intéresse aux jeunes chercheures africains qui portent des enjeux de santé publique. Dans un contexte où la résistance aux antimicrobiens progresse et menace les systèmes de santé, Horace Vianney GANKOUTIN, Research Assistant en microbiologie médicale, fait partie de cette nouvelle génération de scientifiques engagés. Entre sensibilisation, leadership scientifique et approche One Health, elle rappelle que les jeunes femmes ont un rôle déterminant à jouer pour bâtir un avenir plus sain et résilient.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous orienter vers la microbiologie médicale, et plus particulièrement vers l’étude des résistances aux antimicrobiens ?

Ce qui m’a conduit vers la microbiologie médicale, c’est le fait d’avoir réalisé que des microbes invisibles, en l’occurrence les bactéries, peuvent profondément influencer la santé d’un patient. Au fil de mes études, j’ai compris que la résistance aux antimicrobiens est un phénomène préoccupant.

En effet, des infections autrefois faciles à traiter deviennent soudain beaucoup plus difficiles à soigner. J’ai pris conscience que ce problème dépasse le cadre du laboratoire et qu’il touche directement la médecine, l’environnement et la santé publique. C’est cette prise de conscience qui m’a motivé à me consacrer à l’étude de la résistance aux antimicrobiens

Mon engagement s’est renforcé également grâce au leadership de l’URMAPha, qui à travers ses axes de recherche mène des travaux qui portent sur la question de la RAM. Par ailleurs, Être accompagné par mon mentor, le Professeur DOUGNON Victorien, a également été déterminant.

Sa rigueur et son engagement son exigence scientifique, sa rigueur méthodologique et son engagement pour une recherche utile à la société ont fortement influencé ma posture. À son contact, j’ai compris que le leadership scientifique consiste non seulement à produire des connaissances, mais aussi à inspirer, encadrer et agir pour un impact durable.

Pour le grand public, comment expliquer simplement ce qu’est la résistance aux antimicrobiens et pourquoi elle constitue aujourd’hui une menace majeure pour la santé publique ?

La résistance aux antimicrobiens, c’est quand des microbes apprennent à ne plus être sensibles aux médicaments qui ne sont rien d’autres que les antibiotiques  qui servaient à les éliminer. En clair, les antibiotiques qui fonctionnaient bien auparavant ne marchent plus.

Cela représente une menace sérieuse, car des infections qui étaient faciles à soigner deviennent graves, prolongent les hospitalisations et augmentent le risque de complications ou de décès. En résumé, la résistance transforme des microbes ordinaires en dangers pour la santé mondiale.

En quoi votre participation au Youth Leadership Program on Antimicrobial Resistance (PJLRAM) a-t-elle renforcé votre compréhension scientifique et votre posture de jeune leader engagé ?

Ma participation au PJLRAM m’a permis de comprendre que la résistance aux antimicrobiens ne se limite pas aux hôpitaux ou aux laboratoires. J’ai découvert l’approche One Health, qui montre que la santé humaine, animale et environnementale sont liées, et que l’usage inapproprié des antibiotiques dans ces différents domaines contribue à la diffusion des résistances.

Ce programme m’a aussi appris à transformer la science en actions concrètes : communiquer simplement, sensibiliser différents publics et m’impliquer dans des initiatives communautaires.

Mon engagement s’est renforcé grâce au leadership de l’URMAPha et à l’accompagnement de mon mentor, le Professeur DOUGNON Victorien, qui m’ont montré que le leadership scientifique consiste à produire des connaissances utiles, mais aussi à inspirer et encadrer pour un impact durable.

Quels enseignements clés ou compétences (leadership, plaidoyer, travail collaboratif) retenez-vous de cette formation, et comment comptez-vous les appliquer concrètement dans votre parcours professionnel ?

Deux compétences clés m’ont marqué : le leadership et le travail collaboratif. Le leadership, c’est la capacité à guider une équipe et à prendre des décisions responsables. Je compte l’appliquer en fixant des objectifs clairs, en coordonnant les activités de manière rigoureuse et en garantissant le respect des normes scientifiques et éthiques. À moyen terme, je souhaite piloter des projets de recherche pertinents et à fort impact en santé publique.

Le travail collaboratif, c’est savoir écouter, partager et construire ensemble. Je veillerai à instaurer une dynamique d’équipe fondée sur l’écoute active et la complémentarité des expertises. Je renforcerai les partenariats scientifiques et intégrerai des approches interdisciplinaires pour produire des résultats de qualité et utiles à la société.

Selon vous, quel rôle les jeunes chercheurs africains peuvent-ils jouer dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens, notamment en matière de sensibilisation et de changement de comportements ?

Les jeunes chercheurs africains peuvent jouer un rôle essentiel en créant des réseaux dynamiques pour partager leurs données, harmoniser leurs approches et coordonner leurs actions.

Ces réseaux peuvent servir de plateformes d’échangescientifique et stratégique, notamment autour de l’automédication, de la vente non réglementée d’antibiotiques, de leur usage en élevage et du manque de diagnostics microbiologiques.

Les jeunes chercheurs peuvent conduire des recherches de proximité pour analyser les pratiques communautaires, puis restituer les résultats afin de montrer en quoi certaines habitudes compromettent le bien-être individuel et collectif.

Cette démarche participative permet de promouvoir des changements de comportements durables et des stratégies adaptées aux systèmes de santé africains.

Quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes passionnés de sciences et de microbiologie qui hésitent encore à s’engager sur des thématiques de santé publique comme la résistance aux antimicrobiens ?

Je veux dire aux jeunes, et surtout aux jeunes femmes scientifiques, qu’elles ont toute leur place en microbiologie et en santé publique. S’engager dans ces domaines, c’est mettre ses compétences au service de la société et montrer que la science n’a ni genre ni frontière.

Les défis de santé en Afrique demandent des regards différents, et la présence des jeunes et plus encore des femmes rendent la recherche plus forte et les solutions plus efficaces. À ceux qui hésitent encore, je dirais que choisir la microbiologie et la santé publique, c’est contribuer à améliorer la vie des populations.

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