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En Guinée : le paludisme progresse et frappe chaque district

En Guinée, pays d’Afrique de l’Ouest, le paludisme n’est pas une urgence intermittente. C’est plutôt une réalité permanente qui frappe chaque mois dans tout le pays. Les données du PNLP plan nationale de lutte contre le paludisme de Guinée, collectées entre janvier 2020 et octobre 2024 dans 38 districts sanitaires, dressent un tableau préoccupant. Soit, plus de 11,8 millions de cas confirmés en moins de cinq ans. Dans cet article nous avons analysé pour vous ces chiffres sur l’appui d’expert locaux.

La tendance est clairement à la hausse. Le pays est passé d’environ 2 millions de cas en 2020 à 2,7 millions en 2023, soit une augmentation de 34,8 % en trois ans. Les données partielles de 2024, couvrant les dix premiers mois, atteignent déjà 2,26 millions de cas et pourraient établir un nouveau record annuel.

Sur les 12 mois de l’année 2024, la Guinée a enregistré en 10 mois autant de cas de paludisme confirmés que sur toute l’année 2020 , d’après les données PNLP Guinée. Le paludisme continue de peser lourdement sur les populations. Il épuise les familles, maintient les enfants hors de l’école et les adultes hors du travail.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la Guinée fait partie des pays où la charge de cette maladie reste parmi les plus élevées. L’analyse des données permet aujourd’hui d’observer précisément l’évolution du paludisme dans chaque district et à chaque période de l’année.

Cinq ans de progression ininterrompue

Les données mensuelles montrent une évolution constante du nombre de cas confirmés. Les périodes plus calmes du début d’année alternent avec des hausses importantes pendant les mois de pluie. Mais d’année en année, même les périodes les plus basses enregistrent davantage de cas qu’auparavant.

Les niveaux les plus élevés de toute la série ont été observés en août. En août 2024, 359 675 cas ont été enregistrés à l’échelle nationale, contre 331 813 en août 2023. Deux records successifs pour le même mois, signe d’une dynamique qui s’intensifie.

La saison des pluies, saison du danger

Eaux stagnantes et pluies battantes : c’est le cocktail idéal pour les moustiques porteurs du paludisme. De mai à octobre, la Guinée vit au rythme des averses, mais aussi d’une explosion des cas de palu. Un pic saisonnier qui appelle à la prudence de tous.

Sur l’ensemble de la période étudiée, le mois d’août concentre en moyenne 303 574 cas, soit plus du double des cas enregistrés en avril. Les mois de juin à octobre représentent à eux seuls environ 60 % des cas annuels.

La saisonnalité reste relativement stable, mais le niveau général de la maladie augmente. Autrement dit, même pendant les périodes les plus calmes, le nombre de cas reste élevé dans plusieurs districts.

Boké, épicentre méconnu

L’analyse des données révèle aussi de fortes disparités entre les districts sanitaires. Boké arrive en tête avec 752 148 cas cumulés entre 2020 et 2024. Ce district dépasse N’Zérékoré avec 600 805 cas et Kindia avec 570 737 cas.

Boké se situe dans une région marquée par une forte activité minière. Les zones d’eau stagnante liées aux chantiers, les déplacements de travailleurs et la pression sur les infrastructures sanitaires peuvent contribuer à la propagation du paludisme. Le pic d’octobre 2022 reste le record pour un district, avec 24 596 cas enregistrés en un seul mois.

À l’inverse, des districts comme Koubia, Mali ou Koundara présentent des chiffres plus faibles. Ces différences peuvent s’expliquer par la densité de population, la géographie ou encore les difficultés d’accès aux structures de santé.

Ces écarts interrogent l’organisation des stratégies de prévention, notamment la distribution de moustiquaires imprégnées, les campagnes d’aspersion ou l’accès rapide aux tests de diagnostic.

Agir avant le prochain pic

Les données montrent que le paludisme progresse et que ses pics saisonniers battent régulièrement de nouveaux records. L’analyse district par district met en évidence des zones où la pression de la maladie est particulièrement forte.

Plusieurs questions restent posées. Quelle est la couverture réelle en moustiquaires dans les districts les plus touchés ? Comment les structures de santé sont-elles réparties sur le territoire ? Les chiffres reflètent-ils toute la réalité de la situation ou existe-t-il encore des cas non déclarés ?


Méthodologie

Les données utilisées dans cet article proviennent du PNLP — Plan National de Lutte contre le Paludisme de Guinée. Ces données sont confirmées par Dr Ibrahima Diouf, Enseignant-Chercheur à l’Université de Labé et à l’Université Cheikh Anta Diop, spécialiste de la variabilité climatique, de la modélisation des maladies à transmission vectorielle et de la résilience des systèmes de santé. Elles couvrent 38 districts sanitaires (5 DCS de Conakry + 33 DPS préfectoraux) de janvier 2020 à octobre 2024, soit 2 204 observations. Les calculs de moyennes, totaux et variations ont été réalisés par la rédaction data de All for Sciences Médias.

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