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Odilon Parfait Akotchaye, technicien agricole : « la science ne doit pas rester confinée au laboratoire »

Dans cet entretien, le chercheur Odilon Parfait Akotchaye revient sur son parcours en biotechnologie végétale et explique comment la recherche appliquée, l’agroécologie et l’innovation peuvent transformer durablement les systèmes agricoles africains. Il revient également sur les obstacles rencontrés par les producteurs, les solutions issues de la biotechnologie et l’importance d’impliquer les communautés locales dans la construction des innovations.

Alors, pour situer votre parcours scientifique, quel est le cœur de votre travail en biotechnologie végétale ?

Le cœur de mon travail en biotechnologie végétale repose sur l’amélioration durable des systèmes de production agricole à travers l’exploitation de la diversité génétique et des interactions plantes–sol–ravageurs. Je m’intéresse particulièrement aux cultures stratégiques comme le sésame et le soja, et à leur potentiel pour renforcer la résilience des systèmes agricoles face aux contraintes biotiques (êtres vivants) et climatiques. Mon approche combine recherche fondamentale et appliquée, avec un fort ancrage terrain, afin de produire des solutions scientifiquement solides et directement utilisables par les producteurs.

Sur le terrain agricole africain, quels sont aujourd’hui les principaux obstacles rencontrés par les producteurs ?

Les producteurs africains font face à plusieurs contraintes majeures : la pression élevée des ravageurs et maladies, la dégradation et la salinisation progressive des sols, l’accès limité à des semences de qualité, ainsi que le coût élevé des intrants agricoles. À cela s’ajoutent les effets du changement climatique et les difficultés d’accès au financement. Sur le plan social, les femmes et les jeunes, pourtant très impliqués dans l’agriculture, rencontrent encore des obstacles dans l’accès au foncier, à la formation et aux technologies innovantes. Ces contraintes limitent la productivité et fragilisent durablement les revenus agricoles.

Du point de vue scientifique, en quoi la biotechnologie peut-elle améliorer les rendements et la qualité des cultures ?

La biotechnologie végétale permet de mieux comprendre les mécanismes biologiques qui régissent la croissance, la résistance et l’adaptation des plantes. Elle offre des outils puissants pour sélectionner des variétés plus productives, plus résistantes aux ravageurs et mieux adaptées aux conditions locales. En intégrant des approches agroécologiques (Exemple : l’intégration du sésame dans les systèmes maraîchers, notamment en association ou en rotation), elle contribue également à réduire l’usage des pesticides, à améliorer la fertilité des sols et à garantir une meilleure qualité nutritionnelle des productions, tout en respectant l’environnement.

À travers une expérience concrète, pouvez-vous citer une innovation ayant eu un impact direct sur les agriculteurs ?

Une expérience marquante concerne l’intégration du sésame dans les systèmes maraîchers, notamment en association avec la tomate. Nos travaux ont montré que le sésame, grâce à ses exsudats racinaires, permet de réduire significativement à 90% les populations de nématodes phytoparasites, tout en améliorant les rendements, la qualité des fruits et la santé des sols. Cette innovation a un impact direct sur les producteurs, car elle réduit les coûts liés aux pesticides, améliore la productivité et renforce la durabilité des exploitations.

Entre laboratoires et champs, comment rapprocher la recherche scientifique des réalités du terrain ?

Le rapprochement passe par une recherche participative et inclusive. Il est essentiel d’impliquer tous les acteurs de la chaîne de valeur dès la conception des recherches, à travers des essais en milieu paysan, des co-évaluations et des dispositifs de démonstration. Le chercheur doit être présent sur le terrain, à l’écoute des contraintes réelles et prêt à adapter ses protocoles. C’est à cette condition que la science devient un véritable levier de transformation pour l’agriculture. Aussi, pendant cette phase de rapprochement, ne jamais oublier d’intégrer l’aspect genre. Cela permet de tenir compte de toutes les couches vulnérables et de proposer des solutions adaptées à tous.
La science ne doit pas rester confinée au laboratoire ; elle doit s’adapter aux réalités socio-économiques locales pour être véritablement adoptée.

Pour inspirer la relève, quel message adressez-vous aux jeunes Africains intéressés par les sciences agricoles ?

Je dirais aux jeunes Africains que l’agriculture et la science sont aujourd’hui au cœur des solutions pour le développement du continent. Les défis sont grands, mais les opportunités le sont tout autant. La science n’est pas éloignée des réalités ; elle peut changer des vies lorsqu’elle est bien orientée. Avec de la passion, de la rigueur et de l’ouverture, il est possible de produire des innovations locales qui transforment réellement la vie des communautés.
Je les encourage à croire en leur potentiel, à s’engager avec rigueur et passion, et à oser innover. L’Afrique a besoin de scientifiques engagés, capables de transformer les défis agricoles en opportunités.

Propos recueillis par Abdourahime Diallo

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